Après l’Euro scepticisme, place à l’Euro mania ? Partie 1

Un Euro fort ou bien un Dollar faible ?

Vincent Lequertier
Par Vincent Lequertier , <p>Gérant de portefeuille senior</p>
Depuis 25 ans dans la gestion d’actifs

Les convictions des investisseurs internationaux sur les devises sont très versatiles : après l’Euro scepticisme, l’Euro mania semble vouloir s’imposer. Comment expliquer un tel revirement ? Quelles en sont les conséquences économiques et financières ? Ce revirement est-il durable ? Comment éventuellement adapter l’allocation de son épargne face à cette rupture de tendance ?

Un Euro fort ou bien un Dollar faible ?

  • En 2017, l’Euro s’apprécie face à l’ensemble des grandes devises, mais surtout contre Dollar.
  • Face au panier des grandes devises (i.e. le DXY), le Dollar cède -10 % depuis son plus haut du 28 décembre 2016, mais il reste en progression de +18 % depuis 2014.

Euro face aux devises de divers pays (Base 100 = 29/12/16)
Sources : Bloomberg, WeSave

Des environnements politiques transatlantiques opposés

  • Jusqu’au scrutin présidentiel français, la parité Euro-Dollar restait contenue sous les 1.10
  • L’élection d’E.Macron a fait refluer les pressions populistes en Europe et laisse espérer une nouvelle dynamique franco-allemande pour l’Union Européenne et pour l’Euro.
  • Par ailleurs, les difficultés rencontrées par le Royaume-Uni pour la négociation et la mise en œuvre du Brexit tempèrent les tentations sécessionnistes au sein de l’Union Européenne.
  • Simultanément, l’impuissance de l’Administration Trump à faire adopter par le Congrès les réformes désirées, celle de l’Obamacare notamment, font craindre un immobilisme législatif durable aux Etats-Unis.

Des dynamiques économiques transatlantique plus convergentes

  • Hors « dopage » budgétaire et fiscal, le cycle économique américain semble proche de la maturité, alors que celui de la zone Euro a démarré bien plus tardivement.
  • La politique budgétaire et fiscale souhaitée par D.Trump aurait pu donner une impulsion à la croissance et à l’inflation aux USA, ce qui aurait bénéficié au Dollar, mais l’impasse politique actuelle impose au pays de se contenter de sa dynamique économique « spontanée ».
  • Début 2017, la consommation et l’investissement ont surpris favorablement en zone Euro, d’autant que les politiques budgétaires des Etats sont moins répressives.
  • Les indicateurs de confiance dans les perspectives transatlantique divergent désormais : ils s’essoufflent aux Etats-Unis pendant qu’ils se fortifient en zone Euro.

Des politiques monétaires divergentes

  • L’appréciation de l’euro contre Dollar s’appuie sur des changements d’anticipations des politiques monétaires des deux côtés de l’Atlantique, et non pas sur les actes tangibles des deux banques centrales.
  • La banque centrale américaine (FED) a profité des pics d’inflation en début d’année pour relever ses taux directeurs à deux reprises en 2017, et elle va désormais s’attacher à réduire graduellement la taille de son Bilan (4500Mds$).
  • La banque centrale européenne (BCE) est partagée entre les dirigeants souhaitant la poursuite de l’actuelle politique monétaire accommodante et ceux, conduits par l’Allemagne, militant pour la fin de cette politique jugée désormais inappropriée au vu de la reprise en zone Euro.
  • Les indicateurs d’inflation à venir seront tout particulièrement importants pour se prononcer sur les politiques monétaires respectives de la FED et de la BCE ou sur leurs inflexions éventuelles.
  • L’inflation par les matières premières devrait rester modérée, surtout en zone Euro car le repli du Dollar allège la facture finale.
  • Bien que modestes, les tensions inflationnistes par les salaires sont plus fortes aux Etats-Unis du fait d’un taux de chômage bien plus bas (4.3 % aux USA contre 9.2 % en zone Euro).

En 2017, les investisseurs ont modifié leurs perceptions d’écarts de croissance et de perspectives monétaires entre les deux zones, d’où l’inflexion de la parité Euro-Dollar. De plus, l’Euro progressant face à la plupart des devises, ce mouvement semble être aussi la correction d’un excès de pessimisme à l’encontre de la zone Euro plutôt qu’une défiance structurelle contre le Dollar.

Partie 2 : Les principales conséquences économiques et financières de l’évolution de l’Euro-Dollar

Partie 3 : Quelques probables déterminants de la parité à venir de l’Euro-Dollar