Après l’Euro scepticisme, place à l’Euro mania ? Partie 3

Quelques probables déterminants de la parité à venir de l’Euro-Dollar

Vincent Lequertier
Par Vincent Lequertier , Gérant de portefeuille sénior
Depuis 25 ans dans la gestion d’actifs

Les convictions des investisseurs internationaux sur les devises sont très versatiles : après l’Euro scepticisme, l’Euro mania semble vouloir s’imposer. Comment expliquer un tel revirement ? Quelles en sont les conséquences économiques et financières ? Ce revirement est-il durable ? Comment éventuellement adapter l’allocation de son épargne face à cette rupture de tendance ?

Quelques probables déterminants de la parité à venir de l’Euro-Dollar

Les discours des banques centrales :

  • Le Symposium annuel de Jackson Hole (du 24 au 26 août 2017) offrira aux dirigeants des principales banques centrales l’occasion de tester les réactions des investisseurs ou encore de laisser filtrer leurs intentions quant à leurs politiques monétaires respectives.
  • L’inflation aux USA s’essoufflant, la gestion de son Bilan devrait devenir prioritaire pour la FED, le statu quo étant probable pour ce qui est de ses taux directeurs.
  • La BCE devrait persister dans un discours accommodant puisque la croissance économique et l’inflation devraient être pénalisées par l’Euro plus fort, mais les achats mensuels d’obligations (60Mds€ actuellement chaque mois) seront probablement sensiblement réduits en 2018.
  • La BCE ayant désormais acquis une stature de « stabilisateur financier » pour la zone Euro, la cohérence entre les discours des différents gouverneurs sera d’autant plus cruciale, alors même que l’élection en Allemagne pourrait réactiver les divisions au sein de la BCE.
  • Alors que le mandat de J.Yellen à la tête de la FED expire en février 2018 (possible reconduction éventuelle), celui de M.Draghi au sein de la BCE ne s’achève qu’en 2019 … à court terme, les interférences « politiques » seront plus pressantes aux USA qu’en zone Euro.

Total du bilan de la BCE et de la FED
Sources : Bloomberg, WeSave

Les statistiques économiques :

  • Le plein impact économique d’un mouvement sur les devises est généralement décalé de 9 mois à 1 an, ce qui signifie que c’est surtout début 2018 qu’il sera possible de juger des avantages et nuisances que les fluctuations actuelles de monnaies impliquent.
  • Un Euro fort est en théorie cohérent avec les excédents extérieurs dégagés par la zone Euro, mais la répartition de ces excédents étant très inégale (cf. Allemagne principal contributeur), le sujet de la « juste » parité des changes divise donc les différents pays européens.
  • De part et d’autre de l’atlantique, les statistiques d’inflation à venir seront tout particulièrement déterminantes pour le calendrier des futurs durcissements monétaires.
  • Malgré l’actuel bon équilibre entre les déterminants internes et internationaux de la croissance en zone Euro, une possible perte de confiance liée à l’Euro plus fort pourrait affecter le moral de certains dirigeants d’entreprises et décourager l’investissement ou les embauches.

Inflation hors éléments versatiles (matières premières agricoles, énergie, …)
Sources : Bloomberg, WeSave

Les influences politiques éventuelles :

  • Certains aléas géostratégiques (cf. tensions avec la Corée du Nord) peuvent avoir des conséquences ponctuelles importantes sur les devises.
  • Une embellie dans les relations entre l’Administration Trump et le Congrès est possible, notamment afin de faire passer une réforme fiscale significative et afficher ainsi certaines avancées législatives avant les prochaines élections de mi-mandat.
  • L’incertitude persiste quant à un possible blocage ou au contraire à une issue favorable sur la dette fédérale et le budget fédéral américain cet automne.
  • En Europe, les discussions avec le Royaume-Uni quant aux modalités du Brexit pourraient provoquer d’importantes dissensions entre pays européens si les intérêts spécifiques de certains d’entre eux l’emportaient sur l’intérêt général.
  • Une dégradation des relations franco-allemandes est possible si l’Allemagne jugeait que la France ne faisait pas assez d’efforts pour mettre en œuvre des réformes structurelles.
  • Les prochaines élections en Italie pourraient revenir au centre des préoccupations des investisseurs car c’est le grand pays européen le plus fragile actuellement (cf. dette souveraine très importante, prêts non performants, système bancaire fragile) et l’euroscepticisme y est important.

Comment structurer un portefeuille dans l’hypothèse d’une poursuite de l’appréciation de l’Euro

L’exposition aux actifs financiers libellés en Dollar doit alors être couverte du risque de devise, sans cela ce dernier « neutralisera » tout ou partie des gains réalisés.

Actions :

  • Le soutien par la devise aux marchés d’actions américains devrait être plutôt favorable à l’ensemble des actions internationales, les actions américaines restant la « locomotive » de cette classe d’actifs.
  • Par l’effet du repli du Dollar, les actions américaines bénéficient d’un nouveau potentiel de réévaluation, alors que la décote de valorisation caractérisant les actions européennes pourrait en revanche se retrouver en partie justifiée.
  • Il conviendrait de rester plutôt sur les grandes multinationales américaines car ce sont elles qui bénéficient potentiellement le plus du repli du Dollar.
  • Les petites et moyennes valeurs européennes devraient surperformer les grandes capitalisations européennes car elles ont généralement un biais plus domestique.
  • Les thématiques domestiques (utilities, télécoms, financières,…) devraient être privilégiées en Europe alors que les secteurs exposés à l’international ou fortement exportateurs (luxe, aéronautique, technologiques,…) devraient être recherchés aux Etats-Unis … le style « Value » devrait donc être privilégié en Europe et le « Growth » aux USA.

Obligations :

  • Les obligations resteront principalement guidées par l’évolution des politiques monétaires des banques centrales, d’où l’importance à venir des statistiques d’inflation.
  • Aux USA, la croissance économique et l’inflation étant stimulées par la faiblesse du Dollar, la FED pourrait être amenée à relever à nouveau ses taux directeurs plus vite que les investisseurs ne l’anticipent actuellement, ce qui pourrait pénaliser les marchés obligataires.
  • Les obligations à maturité courtes doivent alors être privilégiées pour limiter la sensibilité aux fluctuations de taux que la FED pourrait engendrer.
  • Les obligations d’entreprises devraient conserver un attrait relatif du fait de leur rendement plus élevé que celui des obligations souveraines, mais aussi parce que la bonne tenue de la croissance économique mondiale aurait des effets favorables sur leurs trésoreries.

Matières premières :

  • Les matières premières sont souvent inversement orientées avec le billet vert … il s’agirait donc plutôt d’un facteur de soutien pour cette classe d’actifs.
  • L’énergie et les matières premières industrielles bénéficieraient de perspectives favorables en termes de croissance économique (Etats-Unis et émergents notamment).
  • Bien que ce ne soit pas systématiquement vérifié, les métaux précieux, l’or notamment, bénéficient souvent des replis du Dollar.

Les émergents :

  • La faiblesse du Dollar facilite les emprunts réalisés par les pays ou entreprises de ces pays puisque la plupart sont émis en Dollar et que le repli du billet vert allège alors les remboursements.
  • Les pays émergents étant souvent d’importants producteurs de matières premières, la baisse du Dollar est plutôt un facteur favorable pour leur croissance économique.

 

Jusqu’à présent, par ses actes ou par de simples déclarations, la BCE cherchait à freiner l’appréciation de l’Euro lorsque celui-ci avoisinait les 1.15 contre Dollar. Puisque ce niveau est désormais dépassé et que la BCE n’a pas réagi, les investisseurs testeront probablement sa « résistance » afin de connaître le nouveau cours « plafond » au-delà duquel l’Euro serait trop nuisible pour la croissance de la zone. La qualité et la pérennité de l’actuelle reprise économique en zone Euro sont d’autant plus importantes que les tentations populistes restent significatives, l’Euro fort est donc un enjeu très important.

Partie 1 : Un Euro fort ou bien un Dollar faible ?

Partie 2 : Les principales conséquences économiques et financières de l’évolution de l’Euro-Dollar

Vincent Lequertier a 25 ans d’expérience en gestion d’actifs. Après une carrière à la banque d’Orsay, il est successivement directeur adjoint actions puis directeur actions. Spécialiste de la gestion allocataire, il devient en Août 2015, le responsable de la gestion allocataire chez WeSave.fr.
Retrouvez Vincent sur Twitter : @VLequertier