Pourquoi les millennials affluent-ils vers les fintechs pour investir ?

Les jeunes actifs n'ont plus confiance dans les institutions traditionnelles pour épargner et n'hésitent donc pas à se tourner vers de nouveaux acteurs digitaux pour confier leur argent.

Pourquoi les millennials affluent-ils vers les fintechs pour investir ?

Les Millennials sont la première génération à grandir avec Internet. Ces personnes nées entre 1982 et 2000 bouleversent toutes les habitudes de consommation. Ils se fient aujourd’hui à la technologie pour faire pratiquement tout, phénomène qui s’est amplifié depuis l’arrivée des smartphones dans leur quotidien ; Que ce soit des achats en ligne via Amazon, l’écoute de la musique avec Spotify, la communication avec ses amis (réseaux sociaux) ou collègues (Slack), jusqu’à appeler un taxi (Uber).

Parce que tous ces services sont maintenant accessibles du bout des doigts, il semblerait que les millennials « préfèrent maintenant éviter les interactions face à face quand on leur en donne le choix et qu’il y a un moyen plus efficace d’atteindre leur but ».

L’avènement des Robo-Advisors

Ayant bien compris cela, une nouvelle mouvance de startups compte sur ces nouvelles façons de consommer pour révolutionner tous les pans de la société. Et la dernière vague, venue des Etats-Unis compte bousculer le monde de la finance personnelle. Grâce aux progrès énormes réalisées ces dernières années, ces entreprises – regroupées sous l’intitulé fintech -, s’appuient sur des algorithmes puissants pour remplacer les conseillers traditionnels. Ces robots utilisent la big data pour déterminer comment placer au mieux l’argent de leurs bénéficiaires, et cela attire une toute nouvelle génération d’investisseurs en herbe.

George E. Bates, professeur à la Harvard Business School (et aussi un de ses doyens) a étudié cette tendance dans son essai « The Wealthfront Génération », du nom d’une startup de gestion d’épargne en ligne américaine ; « Ils [les Millennials] ont la réelle conviction que les conseils que peut produire la technologie actuelle peuvent concurrencer un conseiller, pourtant expert, pour une fraction du coût seulement. »

En effet, aujourd’hui en France, il est souvent nécessaire de passer par une banque privée avec un minimum de 250 000€ d’argent à placer pour avoir accès à ces conseillers traditionnels. Alors que pour quelques centaines d’euros, ces nouvelles startups sont prêtes à gérer votre argent. En plus de cela, les charges annuelles de ces nouveaux acteurs ne sont que de 0,7 % quand une banque traditionnelle demande 3 à 4 %.

Pourquoi une telle différence de coûts ?

Ces entreprises – Wealthfront ou Betterment aux Etats Unis, Yomoni et WeSave en France – sont capables de proposer ces frais attractifs en réduisant drastiquement leurs coûts par rapport au processus traditionnel. Processus qui passe par de nombreux intermédiaires (qui prennent chacun leur part du gâteau) et dont les coûts d’acquisition de clients sont très élevés. En s’appuyant sur des algorithmes fiables, plutôt que sur des gestionnaires surqualifiés et peu accessibles. Ces nouvelles startups peuvent proposer des services de gestion d’épargne à des coûts beaucoup plus bas.

performance wesave vs. acteur traditionnel
Pour un investissement initial de 100 000€, avec une performance annualisée de 6 %.

C’est pour cette raison que les jeunes actifs sont la cible idéale de ces nouveaux robo-advisors, et cela pour plusieurs raisons :

  • Ils recherchent des solutions simples et rapides. Ils sont servis ; il ne leur faut pas plus de 15 minutes pour ouvrir un contrat d’assurance vie en ligne, quand cela peut prendre plusieurs semaines avec un acteur traditionnel.
  • Ils ont confiance en la technologie pour régler leurs problèmes, souvent plus qu’en l’humain.
  • Ils utilisent massivement les réseaux sociaux et sont enclins à recommander un produit qu’ils apprécient (ce qui réduit drastiquement les coûts d’acquisition).
  • Des études ont montré que cette génération fait plus attention à son argent, avec l’un des taux d’épargne les plus hauts comparé aux précédentes générations (études américaines).
  • « Étant passé par la crise économique de 2008, ils sont plus prudents en matière d’argent. Ils mettent de côté, pas assez pour être visés par les banques privées, mais ils seront les grands épargnants de demain ».
  • Autre conséquence de la crise financière, les millennials veulent bousculer les codes car ils ne font plus confiance aux acteurs au modèle capitaliste traditionnel qui « s’enrichissent sur leur dos ». Ils ont un besoin profond de refaire confiance, et cela passe par une transparence total entre le vendeur et le client.

Et cette stratégie paie, Wealthfront est passé de $100 millions d’encours à $3,7 milliards en septembre 2016 avec pour cible principale les Millennials.

Qu’en est-il en France ?

Les acteurs français, certes plus jeunes, ne sont pas en reste, malgré une croissance moins explosive due à une différence de mentalité de la population.

D’après un sondage de l’IFOP, 9 jeunes français sur 10 parmi les 25-35 ans songent à constituer un petit pécule dans les 10 années à venir. Et bien que 82 % possèdent déjà un livret A, peu se mettent à épargner réellement, avec seulement un tiers qui constitue leur patrimoine de manière sérieuse.

Cette nouvelle offre d’épargne séduit déjà la génération X (45 – 55 ans). Elle est déçue par les frais élevés et les faibles performances des solutions traditionnelles. Les robots-advisors hybrides (tel que WeSave) sont un bon compromis pour cette génération plus mature, dont une partie de la gestion est confiée à des experts financiers. Ces derniers apportent un côté humain rassurant en étant disponibles pour répondre à toutes leurs questions et les conseiller dans la gestion de leur patrimoine. Tout ceci en gardant des frais bien plus bas qu’un acteur traditionnel.

La génération Y, plus novice, accuse le manque de conseil. Ils ne savent pas comment épargner de manière intelligente et rentable. 45 % des répondants de l’étude IFOP font part de leur peur et donc limitent les risques.

Ils pourraient passer par des experts en gestion de patrimoine, mais ils leur semblent inaccessibles et réservés aux plus privilégiés. Un accompagnement en ligne via des articles explicatifs, des comparatifs, des conseillers digitaux, disponibles par chat en tout temps pour répondre à leurs questions, semblent être des pistes pour les rassurer.

Par chance, ce sont les différents chantiers sur lesquels travaillent ces jeunes fintechs.

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