Rémy Lambinet - <p>Gérant quantitatif</p>

Pour aller plus loin

Rémy Lambinet

En une ou plusieurs fois ?

Quelle est la bonne stratégie pour investir un montant ? Est-ce le bon moment d’investir toute la somme que j’ai à disposition ? Suis-je prêt à encaisser une perte provisoire importante ? Toutes ces questions sont naturelles et nous nous proposons d’y apporter un éclairage.

À la suite de la baisse des marchés de cet été, de nombreux clients ont souhaité savoir si « d’après nous », le mouvement de baisse était fini ou s’il allait continuer. La motivation derrière la question qui nous était posée était la suivante : « dois-je profiter de la baisse des marchés pour investir une somme que j’ai en ma possession ou devrais-je mettre en place des versements programmés pour investir cette somme et donc limiter le risque de perte » ?

Pour répondre à cette interrogation, nous nous sommes appuyés sur l’étude réalisée par des chercheurs du groupe Vanguard¹. Dans cette étude, les chercheurs ont regardé ce qu’aurait donné la performance d’un investissement en une seule fois comparé avec un lissage de l’investissement par des versements mensuels programmés. L’étude est réalisée pour différents profils de risque (prudent, équilibré et agressif).

D’après leurs résultats, dans environ deux tiers des cas, la stratégie de lissage des versements est dominée par l’investissement en une fois et cela depuis 1925. Ceci est cohérent avec l’intuition, l’argent qui est investi au lieu d’être sur un compte courant va être exposé à la hausse des marchés plus longtemps et donc générer une meilleure performance.

Les auteurs mettent également l’accent sur le fait que le lissage dans le temps repose sur la volonté de diminuer le risque. En investissant progressivement dans les marchés financiers, l’investisseur diminue le sentiment de regret en limitant, à court terme, les baisses potentielles de son épargne. Toutefois, à moyen et long terme, la baisse du sentiment de regret se fait à un coût (différence entre la performance issue du lissage et investissement en une fois) d’environ 2,9 %.

L’argent qui est investi au lieu d’être sur un compte courant va être exposé à la hausse des marchés plus longtemps et donc générer une meilleure performance.

Enfin, la stratégie du lissage met à mal le respect du profil de risque de l’investisseur. En effet, l’allocation optimale de long terme n’est atteinte qu’une fois tous les investissements réalisés. Si cette période est trop longue, il peut y avoir une adéquation entre le portefeuille et le profil de risque. Par exemple, un profil agressif composé optimalement de 100 % d’actions sera investi, le premier mois, sur 10 % actions et 90 % compte courant ce qui ne correspond pas au profil de risque agressif mais à un profil de risque prudent.

Pour conclure, comme le montre l’étude, la méthode du lissage des versements est souvent dominée par l’investissement en une fois car l’argent laissé sur le compte courant n’offre aucun rendement. Pour qu’elle soit efficace, la méthode du lissage suppose un market timing efficace. Or on le sait, le market timing n’est pas efficace sur le long terme.

Malgré tout cela, la capacité psychologique pour un investisseur d’encaisser une perte importante, relativement à son profil de risque, est très faible. Ce biais psychologique est dorénavant assez bien documenté par la recherche académique et que l’on retrouve chez la plupart des investisseurs, notamment chez les particuliers.

Faire l’expérience d’un -15 % sur son épargne rend relativement plus « triste » que ce que rend « heureux » un +15 % d’où le réflexe naturel de vouloir lisser le risque dans le temps au risque de pénaliser la performance.

Ayant ce résultat en tête, nous nous efforçons de ne pas exposer les portefeuilles, même les plus agressifs comme le profil 10, à un niveau de risque de pertes très élevé. C’est pourquoi par exemple la part des actions des pays émergents, qui peuvent avoir un rendement très élevé, ne représente pas une grande partie de nos allocations. En effet, le risque de pertes associé à cette classe d’actif est aussi beaucoup plus important que les actions des pays développés.

En conclusion, notre conseil est d’investir la somme disponible immédiatement sur un portefeuille qui correspond au profil de risque que l’investisseur souhaite. C’est l’investissement dans le long terme qui prime plutôt que le point d’entrée. Rien n’empêche toutefois de profiter des primes exceptionnelles qui peuvent être offertes en cas de renversements comme c’est le cas chez WeSave en ce moment.

Investir en une fois est plus souvent rentable

Investissement mensuel systématique pendant 12 mois dans un portefeuille 60 % actions / 40 % obligations
Sources : Vanguard

¹ En anglais malheureusement : https://personal.vanguard.com/pdf/ISGDCA.pdf

Rémy Lambinet est gérant quantitatif, docteur en mathématiques appliquées à la finance, expert des produits indiciels, il intervient régulièrement en 2015 sur les thématiques liées aux ETF. Il rejoint WeSave.fr en janvier 2016 en tant que responsable de la gestion quantitative.