Date de publication : 2 mars 2020

Sans avoir la prétention d’être exhaustifs, il nous semblait nécessaire de partager certains faits et hypothèses que l’épidémie du coronavirus nous inspirent à ce stade des choses.

Dimension sanitaire :

  • En Chine, foyer d’origine, la propagation de l’épidémie semble « sous contrôle » sur le plan territorial (si les statistiques sont effectivement fiables !), la plupart des cas restant concentrés dans la région de Hubei.
  • On observe en revanche le déclenchement récent de nouveaux foyers importants en dehors de Chine : Corée du Sud, Italie et Iran notamment.
  • Tous les continents sont désormais concernés, l’épidémie pourrait donc bientôt être requalifiée de « pandémie ».
  • Les pays émergents sont heureusement peu affectés à ce stade, peut-être pour des raisons climatiques, parce que la moyenne d’âge est plus basse qu’ailleurs, ou bien encore faute de tests suffisants effectués sur leurs populations.
  • La durée d’incubation tourne autour de 2 semaines.
  • Le taux de mortalité n’est pas identique partout : de 1% à 2% a priori.
  • La mortalité se concentre principalement sur les personnes ayant plus de 60 ans, notamment parce que le coronavirus peut compliquer d’autres pathologies.
  • Les cas de rechutes existent, le corps ne développe donc pas nécessairement d’immunité satisfaisante.
  • Le virus ne semble heureusement pas vouloir muter.
  • Un vaccin mettra normalement près d’un an à être obtenu, même si des « passe-droits » de procédures en accéléreraient le développement.
  • Le virus se propage hélas sournoisement car les cas asymptomatiques sont fréquents : les chaînes de transmissions sont donc très difficiles à remonter.
  • La fin de l’hiver et l’arrivée du printemps atténueront peut-être la propagation du virus : le temps est un facteur essentiel dans cette crise.

Pour des information détaillées et surtout vérifiées, nous vous recommandons de vous référer au site officiel de l’OMS qui lui est consacré :

https://www.who.int/fr/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019

Dimension économique :

  • En dépit des efforts de coordination de l’OMS, chaque pays adopte les mesures qui lui semblent spécifiquement adaptées, d’où l’impossibilité d’extrapoler les conclusions de l’analyse des données chinoises, d’autant qu’une prise en main aussi autoritaire et radicale de la situation est exceptionnelle.
  • Il est impossible de chiffrer précisément l’effet sur la croissance mondiale du coronavirus, d’abord parce qu’il n’a pas atteint son pic de propagation, mais surtout parce que chaque pays réagit très différemment face à cet événement.
  • Plus cette épidémie durera, plus les conséquences seront importantes sur l’économie mondiale : -0,2% à -0,5% semble une fourchette a priori crédible à ce stade des informations disponibles.
  • La reprise d’activité qui s’ensuivra pourrait en revanche être importante, surtout si des soutiens budgétaires et monétaires accentuent le phénomène. 
  • La durée de l’épidémie déterminera si la reprise sera en « V » ou en « U », d’où la difficulté pour les autorités à prendre des décisions radicales, et pour les économistes de projeter leurs anticipations.
  • Sur le plan strictement économique, le risque de « psychose » pourrait avoir des retombées bien plus importantes que l’impact « intrinsèque » du coronavirus lui-même.
  • Les confinements, les stratégies d’isolement, les limitations de réunions ou de déplacements provoquent d’importantes chutes de consommation : c’est un choc de demande.
  • Les fermetures temporaires d’entreprises empêchent la production de biens ou de services qui eux-mêmes empêchent d’autres sociétés de fonctionner normalement : c’est un choc d’offre.
  • Les autorités font donc face à deux chocs économiques simultanés, d’où la difficulté d’y répondre ou de se coordonner pour le faire.
  • La priorité est d’éviter les défauts de paiements et faillites, notamment celles de PME fragiles, car les trésoreries des entreprises sont parfois très limitées :
    • Les États peuvent suspendre les prélèvements d’impôts, de cotisations sociales, prendre des mesures de « force majeure » (pénalités de retard non exigibles) pour aider, ce qui implique d’accentuer leurs déficits ou leurs dettes, mais les taux d’intérêts sont heureusement très bas actuellement.
    • Les banques centrales peuvent accorder des liquidités à des taux préférentiels aux banques afin qu’elles puissent elle-mêmes accorder des prêts ou des délais de paiements aux établissement ou aux particuliers en difficultés… Ceci implique toutefois, pour les réseaux bancaires, de prendre un risque de dégradation de qualité du portefeuille de dettes détenues !
    • Des assouplissements réglementaires peuvent être temporairement accordés aux banques pour faciliter les choses. 
  • Des réponses originales sont déjà tentées : Hong Kong va distribuer des bons d’achats à durée limitée à ses résidents afin de soutenir la consommation nationale, ce qui pourrait être une première forme de « monnaie-hélicoptère » ! (Cette méthode évite que les capitaux injectés ne s’orientent vers l’épargne.)
  • Les divers soutiens financiers ne permettent toutefois pas la reprise immédiate de nombreuses productions : le choc d’offre est le plus difficile à résoudre car il faut avant tout patienter jusqu’à ce que l’épidémie diminue et que l’activité économique se rétablisse !
  • Dans certains secteurs d’activité, il y aura des pénuries durables, avec alors des risques de spéculations sur les prix de ces biens et services.
  • Dans d’autres cas, des stocks sont disponibles mais ne peuvent simplement pas être acheminés temporairement jusqu’aux clients : après une tension provisoire des prix, ceux-ci pourraient ensuite chuter fortement quand les flux seront rétablis.
  • Les effets de baisse de prix devraient, nous semble-t-il, plutôt l’emporter au final sur les hausses, les banques centrales pourraient alors justifier de conserver ou d’adopter des politiques monétaires accommodantes.
  • Chaque pays ou zone économique adapte sa réaction en fonction des instruments d’intervention qui lui sont spécifiques :
    • Les États-Unis devraient en priorité solliciter la banque centrale, d’autant qu’elle a encore les moyens d’agir. En dépit de l’élection présidentielle en cours, le patriotisme américain permettrait de libérer si nécessaire des enveloppes budgétaires et fiscales.
    • En Europe, la BCE ayant une politique monétaire déjà très accommodante, les soutiens budgétaires pourraient être privilégiés, d’autant que l’endettement s’opère souvent à coût NÉGATIF pour beaucoup de pays.
  • Le manque de coordination des interventions complique l’analyse des conséquences économiques, par exemple sur l’évolution des parités de changes entre devises, celles-ci étant fortement influencées par les décisions respectives des banques centrales.
  • Des stratégies de gains de compétitivité par les devises pourraient être mises en place par certains pays (stratégies non coopératives !), afin de stimuler temporairement leurs économies, ce qui aurait d’importantes répercussions sur les dynamiques respectives des pays et sur l’attrait ou non de leurs actifs cotés en bourse.
  • Cette épidémie provoque aussi de très importants transferts de pouvoir d’achat : les producteurs de pétrole voient par exemple leurs revenus s’effondrer, alors que les consommateurs de pétrole regagnent du pouvoir d’achat.
  • Durant de nombreux mois, les statistiques mondiales et indicateurs de sentiments seront fortement affectés par les effets du coronavirus, il sera donc difficile d’en tirer des conclusions fiables.

Dimension financière : 

  • Le coronavirus a évidemment pour premier effet d’inciter les investisseurs à la prudence : les obligations souveraines sont l’actif « refuge » le plus recherché alors que les actions et matières premières sont réduites dans les portefeuilles.
  • La volatilité de tous les actifs est la seconde conséquence de cet événement, et ceci devrait se prolonger durant un à deux mois supplémentaires, sans que cela ne préjuge des niveaux auxquels les actifs financiers s’équilibreront en fin de compte.
  • La question de la solvabilité devenant essentielle, une très forte discrimination se fait entre obligations d’entreprises solides (« Investment grade ») qui pourront passer cette crise, et les entreprises fragiles (« High Yield ») car des doutes pèsent sur d’éventuels risques de défauts de paiements, voire de faillites.
  • Les dispersions de comportements sectoriels sont également très importantes :
    • Les profils cycliques, les sociétés très exposées aux flux du commerce international, le tourisme, les groupes industriels très dépendants des pièces détachées fournies par d’autres sociétés et les entreprises très endettées sont évidemment écartés.
    • Les entreprises reposant sur des recettes « par abonnements » (télécoms, services collectifs…), le secteur pharmaceutique et la distribution sont en revanche privilégiés, même si cela ne les empêche pas forcément de baisser.
  • Sur les actions, plus spécifiquement, il faut souligner que les flux avaient été systématiquement vendeurs en 2019 et qu’ils n’ont commencé à être acheteurs que cette année, c’est pourquoi ces intervenants récemment arrivés sont très nerveux car leurs prix d’achats se sont vite révélés dépassés par les baisses.
  • Les actifs les moins liquides en bourse sont ceux qui souffrent tout particulièrement des ventes en cours : les obligations d’entreprises « High Yield », les petites capitalisations boursières, les actifs des pays émergents…
  • Au sein des matières premières, les métaux précieux font un peu exception, même si en fin de compte des investisseurs sont parfois obligés de vendre aussi ces positions pour contrebalancer les pertes et les appels de marges sur d’autres actifs.
  • Il ne faut pas sous-estimer aussi les éventuels changements durables de tendance entre parités de devises, car c’est un facteur très important de décision d’allocation des capitaux pour les industriels comme pour les investisseurs financiers.
  • Les modèles de valorisations traditionnels des actifs ne pouvant être utilisés de façon satisfaisante, tant les hypothèses de travail sont susceptibles d’être révisées, ceci explique l’actuelle extrême nervosité des marchés.
  • Même si certaines entreprises ont déjà cherché à chiffrer leurs pertes d’activité et de revenus pour l’année, cet exercice est très complexe tant les facteurs pouvant jouer sont nombreux, et il faut s’attendre à ce qu’elles reviennent plusieurs fois durant l’année sur ces estimations, parfois même favorablement !
  • Les publications de résultats du premier trimestre, dévoilées en avril et mai, seront décortiquées par les investisseurs et les analystes : les avertissements sur résultats devraient être extrêmement nombreux, mais les marchés financiers ont déjà intégré tout ou partie de ces annonces.
  • Lorsque les acheteurs seront de nouveau majoritaires, il sera très instructif d’observer si les « chouchous » de la cote (technologiques, luxe…) seront une fois encore les segments privilégiés par les investisseurs, ces derniers pouvant toutefois chercher à capturer provisoirement l’effet de levier boursier des secteurs cycliques.
  • Au delà de ce choc conjoncturel majeur, des transformations structurelles auront lieu (relocalisations, stockages de précaution…), créant de nouvelles sources d’activité et de croissance qu’il ne faudra pas sous-estimer dans les projections d’activité futures !

Quelques  recommandations : 

Même si sa portée reste très difficile à définir aujourd’hui, le coronavirus entraînera un choc conjoncturel plutôt que structurel sur nos économies. C’est pourquoi il ne faut pas prendre des mesures radicales dans les portefeuilles. Les projets en assurance-vie sont généralement inscrits sur le long terme, voire le très long terme, et les questionnaires d’appétence au risque préalables aux investissements cherchent précisément à éviter des erreurs comportementales lors de chocs imprévus. Dans ce type de circonstances exceptionnelles, il faut savoir être patient, prendre le temps d’analyser les divers signaux envoyés par l’économie et par les marchés financiers. Cette épidémie offrira un point d’entrée utile pour les investisseurs de long terme, et l’équipe de gestion, ainsi que nos conseillers financiers, peuvent vous accompagner dans vos choix.

L’équipe de gestion et les conseillers WeSave restent à votre disposition pour répondre à vos sollicitations par téléphone au 01 80 49 70 00 du lundi au vendredi de 9h à 19h, et par email à l’adresse [email protected]

Coronavirus : le point des gérants de WeSave

Vincent Lequertier
Vincent Lequertier

Vincent Lequertier a 25 ans d’expérience en gestion d’actifs. Après une carrière à la banque d’Orsay, il est successivement directeur adjoint actions puis directeur actions. Spécialiste de la gestion allocataire, il devient en Août 2015, le responsable de la gestion allocataire chez WeSave.fr.

Category: Actualités
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