Date de publication : 4 octobre 2022

Nous allons nous intéresser ce mois-ci dans la revue de l’éclaireur au monde des crypto-actifs, en nous penchant sur un événement pouvant constituer un tournant majeur pour l’univers crypto. En effet, il n’échappe à personne qu’aujourd’hui le Bitcoin reste incontestablement le leader de la classe des crypto-actifs. Il n’en demeure pas moins que son éternel rival, l’Ethereum, ne cesse de s’améliorer et deviendrait pour certain un actif dont le potentiel dépasserait celui du bitcoin. Ce dernier vient de procéder à un changement majeur dans sa manière d’opérer, en se convertissant à un modèle de fonctionnement moins consommateur d’énergie et offrant une meilleure performance que le Bitcoin. Ce qui nous amène à nous poser les questions suivantes: Quelle est la vision derrière ce projet d’Ethereum ? En quoi consiste ce nouveau mécanisme ? Quels pourraient être ses principaux enjeux ? L’Ethereum surpassera-t-il le Bitcoin dans les prochaines décennies ?

Une Approche Plus Verte pour l’Ethereum

Une nouvelle page s’ouvre pour l’industrie des crypto-actifs en ce mois de septembre 2022. L’avènement de la mise à jour de l’un des plus grands actifs numériques en termes de valorisation après le Bitcoin, à savoir l’Ethereum, vient de voir le jour. “The Merge” ou “La Fusion”, ainsi se nomme cette mise à niveau tant attendue par la sphère crypto, et qui a connu une réussite lors de la matinée de ce jeudi 16 septembre. 

La finalité derrière cette opération était de réduire drastiquement les coûts énergétiques engendrés par l’Ethereum à hauteur de plus de 99% et de préparer le terrain pour une utilisation plus importante de la technologie cryptographique (technologie décentralisée sur laquelle repose les crypto-actifs) dans la finance traditionnelle. Ethereum 2.0 sera donc capable de traiter jusqu’à 100 000 transactions par secondes, soit 4 fois plus que ce que Visa ou Mastercard peuvent gérer. 

Comme l’a souligné Collinson Patrick, cofondateur de Stripe (plateforme de paiement en ligne) “c’est l’un des exemples les plus ambitieux et techniquement complexes jamais achevés”. Non seulement s’agit-il d’une énorme prouesse pour le fonctionnement de l’Ethereum, mais aussi d’une véritable révolution verte pour l’industrie non réglementée de la crypto. Une classe d’actifs auparavant critiquée, notamment du fait de son utilisation à des supposées fins d’activités criminelles ou bien pour son empreinte carbone. 

Le Passage à La Preuve d’Enjeu.. Qu’est ce qui change?

Le Bitcoin et l’Ethereum partagent les mêmes caractéristiques intrinsèques  que l’on retrouve chez la majorité des cryptos-actifs. Il s’agit d’un système décentralisé.  C’est-à-dire que pour fonctionner, nul n’a besoin d’une autorité centrale, mais plutôt d’un réseau blockchain (grande base de données où s’inscrivent les transactions) qui permet d’ordonner, de regrouper et de sécuriser les transactions.

Parmi les différents modèles de fonctionnement que peut avoir une crypto, il existe deux méthodes: 

  • la méthode de preuve de travail (Proof of Work) 
  • la méthode de preuve de d’enjeu (Proof of stake). 

Ces deux procédés sont appelés dans le jargon des mécanismes de consensus. Leur fonction principale est de parvenir à un accord général entre les utilisateurs du réseau afin de valider les transactions apparaissant sur la blockchain d’un crypto-actif. 

Il faut savoir que jusqu’à présent l’Ethereum, comme le bitcoin, reposait sur le même mécanisme de consensus, à savoir: la preuve de travail (PoW). Il s’ agit d’ailleurs du mécanisme le plus ancien et le plus populaire dans l’industrie. Ce dernier requiert de résoudre des problèmes mathématiques complexes, ce qu’on appelle une opération de minage, à l’aide d’ordinateurs puissants et très énergivores. A chaque opération résolue sur la blockchain, le mineur se voit attribuer de la monnaie virtuelle en récompense de son travail.

Quant au mécanisme de preuve d’ enjeu (PoS), il est le deuxième mécanisme le plus courant et constitue une alternative “plus aboutie” à la preuve de travail. Contrairement à cette dernière, il nécessite largement moins l’intervention de mineurs, donc une réduction de la consommation énergétique causée par les ordinateurs de minage.

Il exige en l’occurrence des participants de déposer une partie ou la totalité de leur capital en tant que garantie dans le réseau afin de devenir des validateurs (utilisateurs chargés de confirmer les transactions). Une opération que l’on nomme  « staking » (mettre les capitaux en jeu). De ce fait, les capitaux (jetons ou tokens) sont détenus dans un endroit de dépôt que l’on appelle une « pool ». Ainsi plus le capital est élevé, plus le validateur aura de chance de confirmer les transactions et de recevoir en retour la  récompense de son « staking », cette fois-ci sous forme d’intérêts. En termes de sécurité, l’utilité de ce système est de sanctionner les éventuels acteurs malveillants à travers la perte immédiate de leur capital déposé en tant que garantie.

Ainsi, telle une voiture changeant de moteur en pleine route. L’Ethereum est passé de la preuve de travail à la preuve d’enjeu. Notons cependant que le mécanisme de preuve de travail ne sera pas entièrement évincé, notamment en raison des larges usines d’ordinateurs de minage que détenait la monnaie. Certes, cette transition à ce nouveau mécanisme de consensus paraît bien prometteuse, mais elle est loin d’être sans faille puisque la fusion impliquerait des modifications entraînant l’apparition de défaillances considérables.

         De nombreux observateurs  notent que cette transition à ce nouveau mécanisme rend l’Ethereum encore plus vulnérable, et comporte des lacunes que les pirates informatiques n’ont pas tardé à exploiter quelques jours après la fusion. Le pirate en question a réussi à voler l’équivalent de 10 000 dollars, donc rien de très conséquent, mais pointant du doigt le talon d’Achille de ce nouveau mécanisme de consensus. « La sécurité n’aime pas la complexité. Le PoS a ajouté plein de lignes de code pour ce nouveau type de consensus, donc moins de sécurité. Moins de sécurité, cela veut dire par exemple que l’on peut trouver un moyen d’attaquer les nœuds (dispositif stockant les données de la blockchain) d’Ethereum pour que tout s’arrête, c’est un risque réel même s’il est faible« , souligne Gilles Cadignan, co-fondateur de la start up Woleet. Des failles qui ne rassurent pas les participants du marché, et qui constituent l’une des raisons pour lesquelles le prix de l’Ethereum a légèrement chuté ce jeudi 16 septembre après la fusion.                                           

 Une Nouvelle Vendue Après l’Achat de la Rumeur          

L’anticipation de cette fusion a permis à l’ETH de bénéficier d’une dynamique haussière, passant de 1109 € le 14 juillet (semaine de dévoilement de la date de migration au PoS) à 1932€ son plus haut en août, une hausse de 74 %. Regagnant ainsi du terrain face au Bitcoin, qui lui n’a récupéré que 15% au cours de la même période. Malgré le bon déroulement de la Fusion, l’Ethereum termine néanmoins la soirée du 16 septembre avec une baisse de près de 8%. A l’inverse donc des prévisions d’une grande partie de la communauté qui s’attendait à ce que le cours soit propulsé à la hausse. 

 Au 26 septembre 2022, le cours de l’Ethereum fluctue au niveau des 1300€, cumulant une perte approximative de 30 % depuis son plus haut en août. Des chiffres témoignant d’une tendance encore baissière, d’autant plus que le marché crypto reste fortement corrélé aux indices boursiers américains qui, de leur côté, ont traversé une mauvaise passe , à l’image du NASDAQ et du S&P 500 perdant respectivement 5,1% et 3,9% du fait de l’inflation persistante dans le pays et de la politique monétaire qui en découle.

                Au vu du contexte actuel, et malgré une inflation qui recule un peu d’un mois à l’autre, ces turbulences nous laissent présager un marché encore légèrement baissier pour l’Ethereum. Du moins dans le court terme. De même que la volatilité que subissent l’Ethereum et d’autres crypto-actifs poussent les investisseurs les plus optimistes à faire preuve de prudence et considérer diverses approches d’investissement. Parmi ces approches, l’on peut citer la stratégie de l’achat périodique par sommes fixes, plus connue sous l’intitulé DCA (Dollar Cost Averaging). Cette stratégie consiste à investir sur un actif en versant une somme fixe à intervalles réguliers, dans l’optique de contrer l’effet de la volatilité de l’actif. Par exemple, au lieu d’investir 1000 euros sur de l’ETH, on décide d’investir 100 euros chaque mois pendant 10 mois successifs sur l’actif.  

Vers un Renversement…

         Avec toutes ces avancées du côté de l’Ethereum, se pose alors la question : serait-il possible qu’un jour l’Ethereum surpasse le Bitcoin en termes de capitalisation boursière ?

C’est ce que certains viendraient à appeler “The flippening”, à savoir “le renversement”, faisant référence au moment où une autre monnaie, en l’occurrence l’Ethereum surpasserait le Bitcoin. Évidemment, si cela advenait, cela prendrait encore quelques années, pour la simple raison que la fusion n’est qu’une première étape et que de nombreuses mises à jour seront appliquées dans les années à venir sur Ethereum afin d’aboutir à sa forme finale. L’Ethereum étant à “40% finalisé” avant la fusion, après la fusion il sera à peu près à “55% complet” d’après les dires du Russo-Canadien créateur de l’Ethereum Vitalik Buterin.
      La capitalisation totale de l’Ethereum équivaut à 50% celle du Bitcoin, mais avec la vitesse à laquelle progresse l’Ethereum, un renversement serait raisonnablement envisageable sur le moyen long terme. D’autant plus que, déjà le 18 Juin 2017, cet événement n’était pas loin de se réaliser. Avec le Bitcoin qui perdait près de 50% de sa dominance sur le marché crypto, et l’Ethereum qui, grâce à sa popularité s’était vu propulsé en termes de capitalisation, captant près de 32% de la part du marché. Un scénario qui pourrait se répéter à l’avenir ?

Mais une chose est la prévision, une autre le fait, entre elles interviennent une multitude de facteurs aléatoires, nous poussant à envisager différents scénarios. Le moindre que l’on puisse constater étant que certains crypto-actifs sont sur une bonne voie tant sur le plan écologique que progressiste, reste aux cours de leurs valeurs de suivre cette lancée. Pour ce qui est de l’Ethereum, la voie du développement est encore longue mais en tout cas libérée. Qui sait, peut être que dans une dizaine d’années le Bitcoin aura pris plus de marge sur l’Ethereum, ou bien l’inverse. Seules les prochaines mises à jour nous le dévoileront. En attendant, la prochaine étape dans l’évolution de l’Ethereum aura lieu en 2023 et se nomme “Sharding”, autrement dit la fragmentation. Un événement tout aussi particulier, sur lequel les projecteurs seront de nouveau fixés.

Une nouvelle ère pour l’Ethereum

Mohamed
Mohamed

Mohamed Echcherki est assistant conseiller au sein du pôle patrimonial chez Wesave. Après deux années de classes préparatoires économiques, il poursuit un Master spécialisé dans l’analyse financière et la gestion d’actifs. Persuadé par la solution innovante ainsi que la performance que proposait WeSave, il rejoint l’entreprise dans le cadre de son projet de professionnalisation.

Category: ÉclaireurÉclaireur Octobre 2022
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