Date de publication : 2 janvier 2023

Les dernières réunions des Banques centrales en décembre auront une fois encore été déterminantes pour la performance des actions et des obligations. La BCE a tenu un discours bien plus offensif contre l’inflation que ce que les investisseurs anticipaient, d’où le reflux brutal des marchés. Une fois encore, les valeurs de croissance sont celles ayant le plus souffert de cette remontée des taux d’intérêts, et la dispersion de performance entre secteurs et valeurs aura été particulièrement forte en 2022. Le recul annuel des actions s’explique presque exclusivement par l’impact des politiques monétaires restrictives, puisque les bénéfices ont progressé fortement durant l’année, d’où une moindre cherté des actions. Nous restons optimistes sur les perspectives d’investissement des États et des entreprises, d’où notre surpondération persistante sur les actions.

2022 a été la pire année depuis un siècle pour les obligations d’États : un recul de -17,5%, quand les actions internationales ont cédé -19,8%. Ce mouvement s’explique par le fait que les banquiers centraux ont durci radicalement leurs politiques monétaires pour contrer l’envol de l’inflation. La FED semble plus avancée et prévisible, et a probablement déjà effectué l’essentiel de ses durcissements monétaires. En revanche, la BCE a surpris les investisseurs en décembre par un discours très ferme contre l’inflation, alors que la zone est la plus susceptible de tomber en récession du fait des pénuries énergétiques. Le rendement des obligations étant désormais généralement supérieur à celui des actions, la classe d’actif présente de l’intérêt dans les allocations diversifiées. Nous maintenons une allocation neutre sur cette classe d’actif car le tassement de l’inflation devrait n’être que graduel.

Une certaine détente des rendements obligataires commençait à s’imposer sur les marchés, jusqu’à ce que la BCE surprenne les investisseurs en décembre en durcissant de nouveau son discours à l’encontre de l’inflation. De plus, la Banque du Japon a implicitement laissé entendre qu’elle pourrait à son tour être moins accommodante. Tous les segments obligataires ont été affectés par ces deux annonces défavorables et, comme d’habitude dans ces cas-là, les obligations d’entreprises fragiles (i.e. « High Yield ») sont celles ayant été le plus pénalisées temporairement. Une récession est possible en 2023, mais elle semble devoir être de faible intensité et durée, c’est pourquoi l’achat de dettes des entreprises semble être intéressant au vu des rendements proposés. Le risque nous paraissant couvert par le rendement, nous sommes surpondérés sur les obligations d’entreprises. 

Une des caractéristiques de l’année 2022 aura été le caractère atypiquement erratique des fluctuations entre devises. Le Dollar s’est ainsi apprécié jusqu’à +19,3% face au panier des 6 principales devises au monde, avant de baisser, achevant toutefois l’année sur un gain de +8,2%. L’explication à ces mouvements anormaux sur des monnaies majeures provient des différences d’intensité ou de timing de durcissements monétaires entre Banques centrales. La BCE et la Banque du Japon ont par exemple toutes les deux surpris les investisseurs en décembre avec des discours plus restrictifs qu’attendu, provoquant immédiatement des mouvements importants sur les parités de changes. Les bénéfices des entreprises et performances des indices boursiers étant très dépendants des fluctuations des devises, ce facteur doit être surveillé de près pour l’évolution de son épargne.

2022 aura été caractérisé par le retour sur le devant de la scène des matières premières. Les investisseurs, mais aussi les États et entreprises ont pris conscience de bien nombreuses dépendances imprudentes : des efforts d’économies et des diversifications de sources d’approvisionnements seront nécessaires à l’avenir. Le financement de l’exploitation et de la transformation des matières premières étant compliqué par la montée en puissance du « socialement responsable », mais aussi du fait de la récurrence des crises majeures ces dernières années, les pénuries de matières premières pourraient dès lors persister, favorisant des prix durablement élevés. Parce qu’il nous semble qu’un cycle de long terme favorable aux matières premières soit amorcé, nous maintenons notre surpondération sur cet actif.

En 2022, les actifs des pays émergents ont reculé et souvent sous-performé ceux des pays développés, excepté les pays exportateurs de matières premières (producteurs d’énergie notamment). Les investisseurs internationaux ont limité leur exposition aux émergents, par réflexe de préférence nationale, mais aussi du fait des risques politiques associés aux émergents (cf. boycott de la Russie), de changement de fiscalité ou de contraintes réglementaires… Le violent renchérissement du Dollar a aussi été une très mauvaise nouvelle pour les pays émergents ayant contracté des dettes en Dollar. Enfin, le durcissement mondial des politiques monétaires fait craindre une récession en 2023, ce qui n’est pas favorable aux actifs « cycliques ». Les valorisations des actifs émergents ont beau être faibles, il nous semble toutefois préférable de rester neutre à leur égard à ce stade.

Vue des actifs – l’Eclaireur de janvier 2023

Vincent Lequertier
Vincent Lequertier

Vincent Lequertier a 25 ans d’expérience en gestion d’actifs. Après une carrière à la banque d’Orsay, il est successivement directeur adjoint actions puis directeur actions. Spécialiste de la gestion allocataire, il devient en Août 2015, le responsable de la gestion allocataire chez WeSave.fr.

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