Date de publication : 7 mars 2019

Loupe sur graphique

Le mois de février a été le prolongement complet de janvier : les actions ont encore bénéficié d’une forte hausse, dont la vitesse et l’ampleur ont pris à revers beaucoup de stratèges. En seulement deux mois, les performances de 2019 sont désormais voisines des reculs constatés en 2018. Cette hausse s’explique par l’inflexion de discours des banquiers centraux, ceux-ci ayant préféré rassurer très vite les investisseurs par des propos accommodants, plutôt que de laisser les craintes économiques et financières s’installer. Les statistiques économiques ont continué de rester mal orientées, mais les surprises sont désormais de moindre ampleur : le ralentissement économique est donc mieux intégré. Les dirigeants d’entreprises ont délivré des discours prudents quant à leurs perspectives, ce qui est logique au vu du contexte. Parce que les valorisations nous semblent désormais laisser peu de place à d’éventuelles déceptions, nous sous-pondérons désormais les actions.

Alors même que les classes d’actifs « risquées » s’apprécient fortement depuis le début d’année, les obligations souveraines bénéficient, elles aussi, d’une dynamique boursière favorable. Ce paradoxe s’explique par le pragmatisme des banquiers centraux, ces derniers ayant très vite adapté leurs discours à un contexte politique, économique et financier susceptible de se dégrader. À ce stade, il est difficile de savoir si les flux favorables dont bénéficient les obligations souveraines sont la manifestation d’une inquiétude persistante quant au contexte, ou bien s’il s’agit d’un forme d’assurance constituée face à des investissements plus risqués pris par ailleurs. Le calendrier politique (Brexit, tensions commerciales, élections européennes,…) restant très chargé durant le premier semestre, nous préférons opter pour le principe de précaution. Nous maintenons notre neutralité à l’égard des obligations souveraines, celle-ci s’expliquant par la faiblesse des rendements offerts.

Depuis le début d’année, la performance des obligations d’entreprises est très favorable, puisque progressant de +2.26% pour l’ensemble de la catégorie, avec même un spectaculaire gain de +5.84% pour les obligations des sociétés financièrement fragiles (« High Yield ») ! Cette très forte appréciation s’explique par le fait que les investisseurs ont été convaincus de l’extrême vigilance des banquiers centraux quant au financement des entreprises, l’alerte de liquidité fin 2018 ayant immédiatement conduit à des discours à nouveau accommodants. Le contexte politique et économique manquant de visibilité, nous mettons en œuvre dans nos allocations une stratégie de « rendement », en réduisant la part consacrée aux actions pour renforcer l’exposition aux obligations d’entreprises. Nous maintenons notre surpondération sur les obligations d’entreprises, mais restons neutres sur le « High Yield » car la croissance mondiale nous semble devoir plutôt continuer de ralentir.

Après une très forte progression en 2018, le Dollar se stabilise face à la plupart des devises depuis le début de l’année. Cette accalmie est une bonne nouvelle pour les actifs émergents car, pour ces pays ou pour leurs entreprises, cela atténue le stress de l’envol du coût de la dette lorsque celle-ci a été contractée en Dollar, comme cela a été le cas en 2018. Plus surprenant, malgré la proximité du Brexit et des élections européennes, l’Euro est désormais lui aussi très stable face au Dollar. Une meilleure synchronisation des croissances économiques et des politiques monétaires des banques centrales contribuent à atténuer actuellement le risque de volatilité entre devises. Cette accalmie des variations entre grandes monnaies est une très bonne nouvelle pour les allocations d’actifs, les investisseurs pouvant se concentrer à nouveau sur les fondamentaux et les potentiels respectifs de chaque classe d’actifs.

Après sa très violente baisse lors du dernier trimestre de 2018 (-13%), l’indice composite des matières premières se redresse fortement (+7.6%) en 2019. Les efforts de relance économique mis en œuvre par la Chine contribuent notamment à restaurer des attentes d’achats significatifs de matières premières. Par ailleurs, les avancées dans les négociations commerciales entre la Chine et les États-Unis éloignent les risques de récession économique. L’évolution du prix des matières premières, et donc de l’inflation potentielle, sera particulièrement importante pour les banquiers centraux dont les politiques monétaires sont, de leur propre aveu, désormais très dépendantes des données économiques. Par ailleurs, la question des prix pétroliers semble être une préoccupation électorale importante pour D.Trump qui pourrait remettre à l’ordre du jour une loi anti-cartel (cf. OPEP). Nous conservons une allocation neutre sur les matières premières, sauf sur l’or.

Après une année 2018 très éprouvante, les actifs financiers des pays émergents se redressent fortement depuis le début d’année : +8.82% pour les actions, et +4.01% pour les obligations. La stabilisation du Dollar atténue le risque de s’exposer aux actifs de ces pays, puisqu’il est possible d’espérer gagner à la fois sur l’actif financier et sur la devise émergente après leurs forts reculs de 2018. Par ailleurs, les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis pourraient trouver une issue au moins partiellement favorable, ce qui tempère les hypothèses de récession économique mondiale. Enfin, de par son poids parmi les émergents, les très forts soutiens économiques et financiers consentis par les autorités chinoises ont un effet sur la dynamique du pays, mais ont aussi des résonances favorables pour ses partenaires. La très forte sensibilité au cycle économique et la faible liquidité des actifs émergents nous incitent néanmoins à maintenir notre sous-pondération à leur égard.

Vue des actifs – l’Éclaireur de mars 2019

Vincent Lequertier
Vincent Lequertier

Vincent Lequertier a 25 ans d’expérience en gestion d’actifs. Après une carrière à la banque d’Orsay, il est successivement directeur adjoint actions puis directeur actions. Spécialiste de la gestion allocataire, il devient en Août 2015, le responsable de la gestion allocataire chez WeSave.fr.

Category: ÉclaireurÉclaireur Mars 2019
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