Date de publication : 3 novembre 2022

Depuis le début d’année, la direction des marchés d’actions est très directement liée à celle des obligations : les actions reculent lorsque les rendements des obligations montent. En octobre, alors même que les rendements obligataires ont continué de se tendre, les actions sont parvenues à progresser. Cette décorrélation s’explique probablement par la bonne qualité persistante des résultats publiés par les entreprises, alors même que le consensus des investisseurs était très prudent. Par ailleurs, les valorisations des actions sont désormais souvent inférieures, voire très inférieures, à leurs moyennes de long terme, d’où des velléités vendeuses moins agressives, en dépit d’un contexte toujours confus. Nous restons optimistes sur les perspectives d’investissement des États et entreprises, d’où notre surpondération persistante sur les actions.

Les marchés obligataires ont prolongé en octobre leur chute constante depuis le début d’année. Les niveaux d’inflation étant inédits depuis 40 ans, les Banques centrales doivent mener des politiques monétaires agressives pour empêcher cette dynamique de s’installer. L’inflation sur les biens industriels se tasse désormais, mais celle sur les services a pris le relais, c’est pourquoi les discours et actes des banquiers centraux pèsent encore sur les obligations. Les rendements des obligations d’entreprises étant supérieurs à ceux des États, ils préservent mieux le pouvoir d’achat des créanciers, à condition que les défauts et faillites ne s’intensifient pas trop. Le tassement de l’inflation devrait n’être que graduel et les rendements réels des obligations d’États resteront négatifs, c’est pourquoi nous maintenons une allocation neutre sur cette classe d’actifs.

Confrontées à une inflation inédite depuis des décennies, les Banques centrales n’ont d’autre choix que d’adopter des politiques monétaires extrêmement restrictives, tant par l’ampleur des hausses de taux que par leur vitesse. Afin de convaincre les créanciers de prêter leurs capitaux, les entreprises doivent désormais proposer des rendements très élevés, de façon à compenser la perte de pouvoir d’achat que l’inflation fait subir au prêteur. Les restrictions monétaires menacent toutefois de plonger les économies en récession en 2023. Dès lors, les entreprises les plus fragiles, autrement dit celles exposées aux défauts de paiements, doivent proposer des rendements particulièrement attrayants pour parvenir à se financer. Les rendements des obligations d’entreprises nous semblent couvrir les risques pris aujourd’hui, d’où notre surpondération sur les obligations d’entreprises.

2022 est caractérisée par l’appréciation particulièrement forte du Dollar face à la plupart des devises. Le billet vert affiche des records historiques face à la Livre Sterling, des plus hauts depuis 1990 contre le Yen japonais, ou depuis 2002 vis-à-vis de l’Euro ! Cette situation devient stressante pour les pays dont les devises se déprécient car cela renchérit le coût des importations facturées en Dollar, et entretient l’inflation contre laquelle les Banques centrales luttent difficilement. La Banque du Japon est même intervenue en vendant des Dollar pour soutenir le Yen. De son côté, l’ONU a alerté les États-Unis des risques que cela fait peser sur le reste du monde. Les performances des entreprises et des indices boursiers sont très impactées par ces évolutions des changes. Ce facteur doit être surveillé de près pour les performances des diverses classes d’actifs, et donc de son épargne.

Les matières premières continuent d’avoir une volatilité atypiquement forte cette année, évidemment due au conflit en Ukraine et, depuis l’été, c’est la perspective d’une récession mondiale qui régulièrement fait baisser les cours. L’énergie progresse encore sur l’année, notamment grâce aux manœuvres de l’OPEP+, mais les cours sont désormais inférieurs à ceux d’avant la guerre en Ukraine. Les métaux industriels reculent du fait de la politique 0 COVID en Chine. Les denrées alimentaires ont effacé leurs gains de début d’année, ce qui est une bonne nouvelle pour de nombreux pays émergents. Les métaux précieux reculent notamment du fait de la force du Dollar. Un cycle de long terme favorable aux matières premières semble programmé (cf. dynamiques de l’investissement et de l’inflation), d’où notre surpondération persistante sur cet actif.

Une nouvelle fois, les actifs des pays émergents restent mal orientés en bourse. Leur recul s’explique notamment par le réflexe de rapatriement des capitaux des investisseurs des pays développés vers leurs propres zones. L’envol du Dollar est par ailleurs une très mauvaise nouvelle pour l’inflation importée de ces pays, contraignant leurs Banques centrales à des politiques restrictives alors que les économies ralentissent déjà, mais c’est aussi un important surcoût de remboursement pour les débiteurs (pays ou entreprises) ayant emprunté en Dollar. Étant donné le poids de la Chine au sein des pays émergents, sa politique 0 COVID pèse énormément sur la dynamique du pays et de tous ses partenaires émergents. Les valorisations des actifs émergents ont beau être faibles au vu des historiques, il nous semble préférable de rester neutre à leur égard à ce stade.

Vue des actifs – l’Eclaireur de novembre 2022

Vincent Lequertier
Vincent Lequertier

Vincent Lequertier a 25 ans d’expérience en gestion d’actifs. Après une carrière à la banque d’Orsay, il est successivement directeur adjoint actions puis directeur actions. Spécialiste de la gestion allocataire, il devient en Août 2015, le responsable de la gestion allocataire chez WeSave.fr.

Category: ÉclaireurÉclaireur Novembre 2022
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