Date de publication : 1 janvier 2017

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Un casse-tête chinois

La Chine est devenue en dix ans un acteur majeur de l’économie mondiale comptant pour près de 40% de la croissance mondiale. Selon le Fonds Monétaire International (FMI), la contribution de la Chine à la croissance mondiale est quatre fois supérieure à celle des Etats-Unis (1.2 points contre 0.3 points du PIB mondial). L’autre face de cette pièce est que les problèmes économiques et sociaux de la Chine deviennent un enjeu majeur pour les autres pays.
En Octobre 2016, le FMI a publié une étude pour lancer l’alerte sur le risque que représente la dette chinoise et plus particulièrement la dette des entreprises chinoises dont la croissance au cours des dernières années a été excessive. Le crédit a été utilisé par la Chine pour faire face à la crise financière de 2008. En effet, l’Etat chinois a utilisé le crédit pour relancer la demande interne et donc aider les entreprises à faire face à la baisse de la demande mondiale. Entre 2009 et 2015, le crédit a augmenté de 20% par an en moyenne ce qui est bien supérieur à la croissance du pays (aux alentours de 8,5% par an). La conséquence est que le ratio dette-sur-PIB de la Chine est passé de 150% à 200% sur la période, et voici pourquoi cela est inquiétant.

Entre 2009 et 2015, le crédit a augmenté de 20% par an en moyenne ce qui est bien supérieur à la croissance du pays.

Une étude, réalisée par d’autres chercheurs du FMI et publiée en 2012, a montré qu’une différence importante entre le ratio dette-dur-PIB et sa propre tendance de long terme (« credit-to-GDP gap » en anglais) est un indicateur fiable et avancé d’une crise majeur à venir. Sur les 43 économies étudiées ayant expérimentées dans leur histoire une hausse très importante de ce ratio (supérieure à 30%), 38 d’entre elles ont connu par la suite une crise financière, un ralentissement marqué de la croissance ou les deux en même temps.

Les conséquences d’une crise majeure en Chine seraient néfastes pour l’ensemble des économies mondiales.

Même si la crise n’est pas immédiate, il y a des facteurs qui augmentent significativement le risque de crise :

  • Si le boom du crédit dure plus de six ans ;
  • Si le boom du crédit commence dans une économie où le secteur financier représente une part importante de l’économie ;
  • Si l’offre de crédit se développe plus rapidement.

Dette totale de la Chine en million de dollars
Le FMI mentionne que la Chine satisfait toutes ces conditions.
Tout cet amoncellement de dettes peut être positif s’il sert à faire des investissements rentables pour l’économie. C’est là qu’intervient le second problème de la Chine : les crédits sont réalisés par des entreprises dont les performances financières se détériorent. De plus, le crédit s’étant très largement développé dans des projets immobiliers, il y a un grand nombre de propriétés qui ne sont pas vendues faute d’acheteurs. Lourd endettement et baisse des profits a pour conséquence des investissements encore moins rentables et donc une dégradation des bilans des banques qui ont octroyé ces crédits (notamment à cause d’une hausse des défauts des emprunteurs).
Les conséquences d’une crise majeure en Chine seraient néfastes pour l’ensemble des économies mondiales et notamment pour le principal partenaire commercial de la Chine : les Etats-Unis. Pour lutter contre les effets d’une crise de cet ampleur, la Chine sera obligée d’utiliser une grande partie de ses réserves de change (principalement des dollars) ce qui aura un impact sur les devises et modifierait les équilibres instables du commerce mondial. Les marchés financiers internationaux seraient eux aussi très largement perturbés ce qui rendra l’allocation d’actifs et la recherche d’actifs décorrélés encore plus centrale pour la gestion d’épargne.
Variation trimestrielle des réserves de change chinoise en Yuan

Étude de cas : La Chine un acteur majeur de l’économie mondiale – Pour aller plus loin

Rémy Lambinet
Rémy Lambinet

Rémy Lambinet est gérant quantitatif, docteur en mathématiques appliquées à la finance, expert des produits indiciels, il intervient régulièrement en 2015 sur les thématiques liées aux ETF. Il rejoint WeSave.fr en janvier 2016 en tant que responsable de la gestion quantitative.

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