Date de publication : 1 octobre 2016

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La dette sauvera-t-elle l’Union Européenne ?

Le «Brexit» est un choc majeur pour l’Union Européenne (U.E.). En effet, ses valeurs, ses ambitions, son unité … tout est soudainement remis en cause par ce vote de rejet.

Paradoxalement, alors même que l’excès de dettes a failli provoquer l’implosion de l’Union Européenne (cf. Grèce, Portugal, Irlande,…), l’endettement redevient une vertu pour certains ! Dans la mesure où le coût moyen de l’emprunt à 10 ans pour l’U.E. est actuellement de +0.032%, il est légitime d’inciter ces Etats à s’endetter afin de réaliser des investissements structurants pour l’avenir de la zone. Mais, hormis l’Allemagne qui parvient à équilibrer son budget et qui dispose d’une balance courante très excédentaire, les niveaux d’endettement (cf. dette/PIB) des pays de l’U.E. restent élevés. De plus, les règles budgétaires communautaires sont toujours extrêmement contraignantes (cf. Pacte de stabilité et de croissance), ce qui inhibe les initiatives potentielles des pays. Parce que l’U.E. n’a pas souhaité mettre en œuvre des «Eurobonds», le coût de l’emprunt reste en réalité «prohibitif» pour les États membres qui en auraient le plus besoin (cf. Grèce emprunte à 8.26% ou le Portugal à 3.33%).
Circonstance aggravante, les efforts déployés par la Banque Centrale Européenne (BCE) sont désormais de plus en plus contestés. Alors même que la BCE s’applique depuis des années à faciliter l’accès au crédit par une politique monétaire ultra accommodante, les critiques enflent quant au manque d’efficacité de son action. En effet, imposer des taux d’intérêts négatifs tout en ayant simultanément une exigence très élevée de capitaux propres pour les établissements bancaires est contradictoire, et cela affecte fortement la rentabilité des banques européennes. Par ailleurs, les bénéfices que l’Union Européenne recueille de cette politique monétaire en termes de soutien à l’activité ne sont-ils pas désormais contrebalancés par l’extrême faiblesse des rendements obligataires servis aux épargnants et par l’incitation à prendre alors des risques inconsidérés? C’est pourquoi, à l’instar des grandes institutions internationales, la BCE encourage les États européens en capacité de le faire à prendre le relais de son action au travers de politiques budgétaires plus volontaires.

Il conviendrait donc d’assouplir les règles communautaires afin, par exemple, d’exclure les investissements nets du calcul d’endettement des États et de donner ainsi plus de marge de manœuvre contra-cycliques aux États.

Jean-Claude Juncker vient d’annoncer que le plan d’investissements européen qui devait initialement mobiliser 315Mds€ jusqu’en 2018 (dont 115Mds€ déjà engagés) serait désormais porté à 630Mds€ à échéance 2022. Au-delà de l’effet d’annonce qui s’imposait après le «Brexit», ce soutien à la croissance restera toutefois, hélas, très faible. En effet, à titre indicatif, les 115Mds€ déjà engagés ne représentaient que 4% des investissements réalisés au sein de l’U.E. durant la période et ne comblent qu’1/3 du déficit d’investissements actuel de la zone. Il conviendrait donc d’assouplir les règles communautaires afin, par exemple, d’exclure les investissements nets du calcul d’endettement des États et de donner ainsi plus de marge de manœuvre contra-cycliques aux États. Si la zone Euro ne parvient pas à dynamiser sa croissance économique future, notamment via des soutiens budgétaires d’envergure, il est à craindre que les investisseurs internationaux ne délaissent progressivement une zone accablée par une démographie déclinante et par des chocs politiques récurrents.

Taux d’intérêt souverains à 10 ans par pays de l’UE, pondérés par le PIB

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Excès de dettes, Brexit, où va l’UE ? – L’éclairage du gérant

Vincent Lequertier
Vincent Lequertier

Vincent Lequertier a 25 ans d’expérience en gestion d’actifs. Après une carrière à la banque d’Orsay, il est successivement directeur adjoint actions puis directeur actions. Spécialiste de la gestion allocataire, il devient en Août 2015, le responsable de la gestion allocataire chez WeSave.fr.

Category: Économie et marchés