Date de publication : 1 novembre 2016

Quelle attitude adopter face à des taux d’intérêts qui remontent…

Au cours des dernières années, les politiques monétaires menées par les différentes Banques centrales ont mené à des niveaux de taux extrêmement faibles, voire négatifs pour certains pays. La baisse des taux est un outil classique de politique monétaire pour relancer l’économie. En effet, en baissant les taux, le coût du crédit diminue ce qui incite les entreprises, les ménages et les Etats à emprunter pour investir et donc relancer l’économie. L’exemple le plus simple et qui vous concerne peut-être est la renégociation de prêts immobiliers. Avec des taux très bas, il devient intéressant de renégocier son prêt pour diminuer les mensualités ou la durée d’emprunt.

Les produits financiers qui sont traditionnellement les moins risqués (i.e. obligations d’Etat ou d’entreprise) et qui sont utilisés dans les profils les plus défensifs vont de moins en moins jouer leur rôle.

Mais cette politique présente une facture lourde qui va bouleverser les habitudes des épargnants. Aujourd’hui, les seuls qui profitent de ces taux faibles sont les personnes qui ont déjà investi (renégociation ou emprunt peu cher). Les personnes qui sont toujours dans la phase d’accumulation d’épargne (trop jeunes pour avoir acquis une épargne suffisante permettant d’acquérir un bien immobilier, ou qui sont dans une situation précaire) se trouvent pénalisées à deux titres par cette situation.
Leurs comptes d’épargne ne rapportent plus suffisamment pour faire fructifier leur épargne et donc financer leurs projets. Avec un taux du livret A « généreusement » boosté par l’Etat à 0,75%, il faut 93 années pour doubler son capital alors que les épargnants plus chanceux qui accumulaient au début des années 1990 grâce au même Livret n’avaient besoin que de 16 années.
De plus, les produits financiers qui sont traditionnellement les moins risqués (i.e. obligations d’Etat ou d’entreprise) et qui sont utilisés dans les profils les plus défensifs vont de moins en moins jouer leur rôle. En effet, la suite logique à des niveaux de taux extrêmement faibles est qu’une hausse des taux survienne. Et paradoxalement, c’est cette hausse des taux qui va pénaliser les nouveaux épargnants. Alors que la hausse des taux va être bénéfique aux futurs épargnants, ceux qui ont déjà une épargne en cours vont voir leur capital s’éroder.
Pour comprendre cela, il faut comprendre que la valeur/le prix d’une obligation varie dans le sens inverse de l’évolution des taux d’intérêts. Par exemple, si les taux baissent de 5% à 1%, la valeur de l’obligation augmente – tout le monde veux acheter l’obligation avec un taux de 5% ce qui en fait augmenter sa valeur. Inversement, une hausse des taux va faire baisser la valeur des obligations déjà détenues. Ainsi, les personnes qui détiennent des obligations pour se protéger vont voir la valeur de leur portefeuille diminuer et cet effet n’est absolument pas ancré dans les esprits des épargnants.

Les personnes qui détiennent des obligations pour se protéger vont voir la valeur de leur portefeuille diminuer et cet effet n’est absolument pas ancré dans les esprits des épargnants.

Pour faire face aux remontées de taux en étant le moins impacté, il y a deux alternatives : garder ses obligations jusqu’à leur échéance (une obligation non revendue n’offre pas de perte en capital) ou choisir de meilleurs outils de protection.
Dans la gamme des ETF obligataires, il y a une alternative intéressante qui permet de limiter les pertes à court terme. Il s’agit des ETF à duration ultra-courte (voire négative). Derrière ce jargon financier, se cache un concept assez simple à appréhender.
Comme nous l’avons vu, une hausse de taux fait baisser la valeur des obligations mais cette baisse n’est pas de un pour un. Si les taux augmentent d’un pourcent, la valeur de l’obligation ne va pas baisser d’un pourcent. La duration va mesurer exactement la sensibilité du prix de l’obligation aux variations de taux d’intérêts. La duration (la sensibilité) de l’obligation va dépendre en partie de la durée de l’obligation (on parle aussi de la maturité de l’obligation). Plus la maturité est longue, plus le prix de l’obligation va baisser en cas de hausse des taux. Donc en sélectionnant des obligations qui doivent être remboursées très rapidement (entre 0 et 1 an), la duration du portefeuille sera abaissée. Une fois la duration abaissée, les variations de taux n’auront plus qu’un impact réduit sur les portefeuilles obligataires. La seule limite de ces ETF à duration ultra courte est qu’ils ne bénéficient pas non plus des baisses des taux et donc des hausses de valeur des obligations. L’art de se protéger au bon moment se verra donc plus sur les performances.

Paradoxalement, en phase de remontée de taux, une alternative peut aussi résider du côté des profils exposés à des actifs réputés plus risqués…

En ajoutant à notre univers d’ETF éligibles, un ETF à duration ultra-courte (iShares euro governement bond 0-1 Yr) nous souhaitons ainsi garantir aux investisseurs dans les profils les plus défensifs une protection supplémentaire dans cet environnement de remontée des taux.
Ce nouveau contexte obligataire va modifier fortement l’attitude des épargnants qui sont convaincus que leur épargne est protégée avec des obligations. Paradoxalement, en phase de remontée de taux, une alternative peut aussi résider du côté des profils exposés à des actifs réputés plus risqués…
Comparaison de 2 ETFs obligataires selon leurs durations
Sources : Bloomberg, WeSave

Quelle attitude adopter face à des taux d’intérêts qui remontent – Pour aller plus loin

Rémy Lambinet
Rémy Lambinet

Rémy Lambinet est gérant quantitatif, docteur en mathématiques appliquées à la finance, expert des produits indiciels, il intervient régulièrement en 2015 sur les thématiques liées aux ETF. Il rejoint WeSave.fr en janvier 2016 en tant que responsable de la gestion quantitative.

Category: Mon épargneVie pratique