Date de publication : 23 octobre 2025

C’est l’une des bonnes nouvelles de cette année 2025 : le prix du pétrole reste bas. Depuis plusieurs mois, le baril de Brent évolue entre 60 et 70 dollars, et les projections du département américain de l’Énergie anticipent même un possible passage sous la barre des 60 dollars d’ici la fin de l’année. De plus, le fort recul du Dollar face à l’Euro cette année n’a fait qu’atténuer la facture énergétique pour les européens. À la pompe, la répercussion a été rapide et tangible. Pour les automobilistes, dont plus de 90% roulent encore avec un moteur thermique, c’est une véritable respiration.

Ce recul du prix du carburant libère instantanément du pouvoir d’achat, et l’effet est d’autant plus marqué pour les classes moyennes qui consacrent une part importante de leurs revenus à leurs déplacements. Leurs véhicules, souvent anciens et énergivores, consomment en effet davantage, mais le litre d’essence ou de diesel coûtant moins cher, l’impact budgétaire est direct. Côté chauffage, le constat est similaire : dans les zones rurales et les logements anciens, les chaudières au fioul, souvent vétustes, restent nombreuses. La baisse du baril allège donc aussi la facture énergétique domestique.

Historique des prix du Brent en Euro ou en Dollar

Sources : Refinitiv, WeSave

Un levier de consommation bienvenu

Ces économies quotidiennes ne restent pas dormantes et se transforment, presque mécaniquement, en consommation. Les ménages modestes, qui dépensent la quasi-totalité de leurs revenus dans la vie courante, voient ainsi leur budget respirer un peu mieux. Le commerce de détail et la grande distribution en sont les premiers bénéficiaires. Leur chiffre d’affaires se redresse, dopé par un retour de la fréquentation et des dépenses discrétionnaires.

Mais l’effet est encore plus subtil sur leurs marges. L’essence vendue en station-service est traditionnellement un produit d’appel : les enseignes la commercialisent avec peu, voire pas de marge, dans le but d’attirer les clients sur les parkings. Une fois sur place, ceux-ci consomment dans les rayons alimentaires ou non alimentaires, où les marges sont bien supérieures. La baisse du prix du carburant agit donc comme un catalyseur : elle redonne envie de consommer et réoriente la dépense vers des produits plus rentables.

Les grands gagnants : transports et industries énergivores

L’autre effet immédiat du pétrole bon marché concerne les entreprises. Toutes celles dont les coûts sont directement liés aux hydrocarbures voient leur rentabilité s’améliorer. En première ligne, les filières du transport : transport routier de marchandises, de voyageurs (bus, cars, taxis, ambulances), transport aérien et maritime, mais aussi ferroviaire. 

Les secteurs industriels énergivores, eux aussi, profitent de cette accalmie. La chimie et la pétrochimie, dont une partie des intrants dépend des produits pétroliers, voient leurs coûts baisser. Même chose pour la sidérurgie, le ciment ou le verre, où la facture énergétique pèse lourdement dans la structure de coûts. Pour toutes ces filières, la baisse du pétrole agit comme un soutien invisible à la compétitivité.

À l’échelle macroéconomique, les effets positifs s’additionnent. Le déficit commercial lié aux importations d’hydrocarbures diminue mécaniquement, améliorant la balance courante du pays. La croissance reçoit ainsi un petit coup de pouce, et l’inflation reste contenue, soulageant les ménages comme les entreprises.

Un impact ambigu sur les finances publiques

Pour l’État, la facture du pétrole bas est plus ambiguë. En matière de fiscalité énergétique, deux leviers principaux coexistent. Le premier est constitué des “accises”, autrement dit les taxes fixes assises sur les volumes consommés. Si la baisse des prix incite certains automobilistes à rouler davantage, l’effet sur les volumes reste limité : on ne double pas ses trajets parce que le litre coûte moins cher !

Le second levier, en revanche, est la TVA, proportionnelle au prix du carburant. Quand le prix à la pompe recule, les recettes fiscales issues de la TVA diminuent automatiquement. À volume constant ou légèrement en hausse, le manque à gagner pour les finances publiques est immédiat. En somme, l’effet global du pétrole bon marché sur les recettes de l’État est, au mieux, neutre, mais plus probablement légèrement négatif.

Cependant, ce tableau mérite d’être nuancé. La modération de l’inflation, en ralentissant la revalorisation des prestations sociales indexées (retraites, allocations, minima sociaux), permet à l’État de limiter ses dépenses. Dans le même temps, la légère accélération de la croissance soutient l’emploi et les revenus d’activité, générant un peu plus de recettes fiscales et sociales. Ces effets, certes réels, sont toutefois décalés dans le temps et plus diffus.

Un transfert mondial de richesse

Derrière la baisse du prix du baril se cache en réalité un vaste transfert de richesse. Ce que les pays producteurs perdent, les pays consommateurs le gagnent. Pour la France, largement importatrice de pétrole, c’est une bonne nouvelle : l’allégement de la facture énergétique améliore le pouvoir d’achat collectif et soutient la compétitivité des entreprises.

Mais cette situation est à somme nulle à l’échelle mondiale. Les recettes perdues par les producteurs (pays de l’OPEP, Russie, États-Unis) se traduisent par une contraction de leurs revenus, donc de leurs dépenses et investissements. Ce ralentissement peut, à terme, peser sur l’activité mondiale et provoquer des effets de second tour, notamment sur les exportations des pays développés.

Une bonne nouvelle pour la BCE et pour les actifs en bourse

La Banque Centrale Européenne (BCE) a pour mission de maîtriser l’inflation, notamment d’éviter qu’elle ne s’emballe. La baisse du pétrole est donc une très bonne nouvelle puisque réduisant le risque de demandes d’augmentations de salaires par les employés. La politique monétaire peut donc conserver un biais accommodant.

En bourse, les actifs obligataires sont généralement bien orientés lorsque la politique monétaire est accommodante … le recul du pétrole est donc favorable à cette classe d’actifs. De même, pour les actions, c’est une bonne nouvelle puisque le coût de financement des entreprises diminue, ce qui améliore leur profitabilité. Par contre, comme nous l’avons indiqué précédemment, si certains secteurs ou pays bénéficient de cette dynamique, d’autres en souffrent … il convient donc d’être très attentif aux allocations. 

Une embellie précieuse mais fragile

En définitive, la baisse du pétrole agit comme une injection de confiance dans l’économie. Elle redonne du souffle aux ménages, du carburant à la consommation, et un peu d’oxygène aux entreprises les plus dépendantes de l’énergie. Les finances publiques, elles, en tirent un bénéfice plus limité, mais bénéficient indirectement de la dynamique de croissance et de la stabilisation des prix. Reste une inconnue : la durée de cette accalmie. Le marché pétrolier est cyclique par nature. Des tensions géopolitiques, une reprise de la demande asiatique ou des coupes de production décidées par l’OPEP+ pourraient vite rebattre les cartes. En attendant, la France, comme l’ensemble des économies consommatrices, profite de ce répit bienvenu. Une respiration économique et sociale dont il serait dommage de ne pas tirer parti pour accélérer la transition énergétique, tant que le prix du baril nous en laisse le temps.

Pétrole bon marché : une bouffée d’oxygène pour les ménages et pour l’économie

Vincent Lequertier
Vincent Lequertier

Vincent Lequertier a 25 ans d’expérience en gestion d’actifs. Après une carrière à la banque d’Orsay, il est successivement directeur adjoint actions puis directeur actions. Spécialiste de la gestion allocataire, il devient en Août 2015, le responsable de la gestion allocataire chez WeSave.fr.

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