Date de publication : 24 mars 2026

Longtemps, les matières premières ont été analysées presque uniquement sous l’angle économique. On parlait surtout de prix, de coûts de production, de volumes extraits, de cycles de marché ou encore de transport et de stockage. Cette lecture a dominé pendant des décennies, dans un monde où les échanges internationaux semblaient relativement fluides et prévisibles.

Cette approche ne suffit plus aujourd’hui. Le monde change rapidement car les ressources naturelles ne sont plus seulement des « ingrédients » nécessaires à la croissance économique. Elles deviennent des outils de puissance, des moyens de pression politique et parfois même des sources de tensions internationales. Autrement dit, les matières premières ne sont plus seulement un sujet économique, elles sont devenues un sujet géopolitique à part entière, et les deux dimensions se confondent désormais.

Cette situation n’est pas totalement nouvelle, mais elle a profondément évolué. Avant le XXème siècle, l’économie reposait principalement sur le charbon. Cette énergie était extraite et consommée localement, surtout en Europe et en Amérique du Nord. Les pays industriels contrôlaient donc directement leur approvisionnement énergétique.

Tout change avec l’essor du pétrole. Découvert en grande quantité au Moyen-Orient, il devient indispensable au fonctionnement des économies modernes. Pour la première fois, les pays développés dépendent massivement de régions éloignées, parfois instables sur le plan politique. C’est la naissance de la mondialisation énergétique, et avec elle, d’une nouvelle forme de dépendance.

La géographie des ressources explique en grande partie les tensions actuelles. Aujourd’hui, la majorité des grands gisements de pétrole, de gaz, de cuivre, de cobalt, de lithium ou de terres rares se trouve dans les pays émergents. En revanche, la demande finale, les usines, la transformation industrielle et la création de valeur économique restent concentrées dans quelques grandes zones : les États-Unis, l’Europe, le Japon et la Chine. Ce décalage structurel est au cœur des déséquilibres mondiaux actuels.

Depuis des décennies, cette situation a créé une relation souvent déséquilibrée. Les pays consommateurs obtiennent l’accès aux ressources, tandis que les pays producteurs reçoivent en échange des investissements, des infrastructures, des taxes et des royalties. Dans certains cas, ces flux ont permis un développement rapide, comme en Mongolie avec les mines, en République démocratique du Congo avec le cuivre, ou plus récemment au Guyana grâce au pétrole. Mais bien souvent, les bénéfices ont surtout profité à une minorité, laissant une grande partie de la population à l’écart. Cela a nourri un sentiment d’injustice et parfois d’instabilité politique. Dans ce contexte, la volonté des États producteurs de reprendre le contrôle de leurs ressources est de plus en plus vue comme une affirmation de souveraineté économique et politique.

Performance des indices de matières premières (en %)

Sources : Refinitiv, WeSave

On peut découper l’histoire récente des matières premières en plusieurs grandes phases :

  • La première correspond à une période d’extraction intensive, menée par de grandes entreprises internationales, avec peu de considération pour les besoins locaux ou l’environnement.
  • La deuxième phase débute au début des années 2000, avec la forte industrialisation de la Chine. Pour sécuriser ses approvisionnements, le pays investit massivement en Afrique, en Amérique latine et ailleurs, souvent via des projets « clés en main » : routes, ports, centrales électriques, en échange d’un accès aux ressources.
  • La troisième phase voit apparaître les exigences de contenu local et les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Ces règles ont permis certaines améliorations, mais elles ont aussi rendu les projets plus complexes, plus longs et plus coûteux.
  • Nous sommes aujourd’hui entrés dans une quatrième phase, clairement géopolitique. Les ressources les plus faciles à exploiter deviennent plus rares. Les gisements sont plus profonds, moins riches et plus chers à exploiter. Dans le même temps, la demande augmente fortement. La transition énergétique, l’électrification des usages, les véhicules électriques et le développement massif des data centers liés à l’intelligence artificielle nécessitent d’énormes quantités de métaux et d’énergie. Pourtant, les investissements ne suivent pas au même rythme. Les entreprises hésitent, freinées par l’incertitude réglementaire, la pression politique et des contraintes financières plus strictes.

Dans ce nouveau contexte, les matières premières deviennent de véritables outils stratégiques. La Chine, par exemple, contrôle l’essentiel du raffinage des terres rares, indispensables aux technologies modernes, et utilise cette position comme levier face aux États-Unis. L’Europe a fait le choix de réduire fortement sa dépendance au gaz russe, acceptant en contrepartie une énergie plus chère et une perte de compétitivité industrielle, notamment en Allemagne. Les États-Unis, de leur côté, cherchent à sécuriser leur accès aux ressources clés et aux routes maritimes stratégiques, dans une logique de zones d’influence.

Pour les investisseurs, ce changement de contexte transforme le rôle des matières premières. Elles ne sont plus seulement des actifs cycliques, liés à la croissance mondiale, ni de simples protections contre l’inflation. Elles deviennent des actifs stratégiques, dont la valeur dépend autant des choix politiques que des équilibres économiques.

Les ETFs sur matières premières permettent d’investir facilement dans l’énergie, les métaux industriels ou les métaux critiques pour la transition énergétique. Mais leur analyse, au-delà de certains aspects techniques spécifiques (la plupart des ETF sur matières premières investissent sur des contrats à terme et doivent procéder à de coûteux « roll-over »),  doit désormais intégrer les risques géopolitiques, les tensions internationales et les décisions des États, bien au-delà des seuls chiffres de croissance.

Quelques exemples d’ETFs sur les matières premières : 

  • iShares Diversified Commodity Swap UCITS ETF (DE) (DE000A0H0728) : Suit l’indice Bloomberg Commodity. Il offre une large diversification à travers l’énergie, les métaux et les produits agricoles.
  • Amundi Bloomberg Equal-weight Commodity ex-Agriculture UCITS ETF Acc (LU1829218749) : Se concentre sur l’énergie et les métaux, avec une approche équipondérée, améliorant la diversification sectorielle. 
  • BNP Paribas Easy Energy & Metals Enhanced Roll UCITS ETF EUR (LU1547516291) : Exclut les matières premières agricoles pour se concentrer sur l’énergie et les métaux.

Bien sûr, ces investissements comportent des risques : volatilité des cours, dépendance à la demande mondiale, régulations changeantes,… Il convient aussi d’être particulièrement vigilant quant à la devise d’exposition de l’ETF : l’épargnant souhaite-t-il ou non d’être exposé au Dollar en plus de son exposition aux matières premières ? L’épargnant doit donc bien analyser préalablement l’ « enveloppe de risque » que ces investissements induisent avant de les intégrer en portefeuille.

La mondialisation fluide et « heureuse » des ressources appartient désormais au passé. L’émergence d’un « capitalisme de blocs » suggère que les prix des matières premières seront de moins en moins dictés par un marché global et de plus en plus par des logiques de sécurité nationale et d’alliances stratégiques. Dans ce nouveau régime, les ETFs sur matières premières ne sont pas une simple opportunité de trading, mais peuvent représenter un composant stratégique d’un portefeuille d’investissement diversifié, résilient et aligné sur les grandes transformations du monde.

Les matières premières, nouveau pilier des portefeuilles ?

Vincent Lequertier
Vincent Lequertier

Vincent Lequertier a 25 ans d’expérience en gestion d’actifs. Après une carrière à la banque d’Orsay, il est successivement directeur adjoint actions puis directeur actions. Spécialiste de la gestion allocataire, il devient en Août 2015, le responsable de la gestion allocataire chez WeSave.fr.

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