Date de publication : 28 octobre 2026

Quand on achète une baguette de pain, on sait instinctivement si elle est chère ou non, parce qu’on connaît le prix habituel d’une baguette. En Bourse, c’est plus compliqué : une action à 500 € n’est pas forcément plus « chère » qu’une action à 10 €, et un prix élevé n’est pas nécessairement un mauvais signal. Pour s’y retrouver, les investisseurs utilisent des outils simples, permettant de comparer des entreprises entre elles, un peu comme on comparerait le prix au kilo de deux paquets de café de tailles différentes. Le plus connu de ces outils s’appelle le PEG ratio. Avant de le découvrir, faisons un petit détour par son ingrédient de base : le PE ratio, sur lequel il repose entièrement.

Cher… selon quel critère ?

Imaginons que vous envisagiez d’acheter un petit appartement pour le mettre en location. Une question naturelle viendrait à l’esprit : combien d’années de loyer faudrait-il pour rembourser le prix d’achat ? Si l’appartement coûte 200 000 € et rapporte 10 000 € de loyer par an, il faudrait 20 ans de loyers pour « rentrer dans ses frais ». C’est exactement l’idée derrière le PE ratio (pour « Price to Earnings », ou « prix sur bénéfice », en français) : il indique combien d’années de bénéfices actuels il faudrait pour retrouver la mise de départ, si l’on achetait une action.

Concrètement, le PE se calcule en divisant le prix d’une action par le bénéfice que l’entreprise génère pour chaque action, une donnée appelée le « bénéfice par action ». Si une action coûte 100 € et que l’entreprise gagne 5 € par action et par an, son PE est de 20 (100 divisé par 5) : un peu comme notre appartement acheté 20 fois son loyer annuel. Plus ce chiffre est élevé, plus l’investisseur paie cher pour chaque euro de bénéfice généré aujourd’hui par l’entreprise.

Mais voilà où les choses se compliquent un peu : un PE élevé n’est pas forcément un mauvais signal. Il peut simplement vouloir dire que les investisseurs s’attendent à ce que les bénéfices de l’entreprise augmentent fortement dans les années à venir, un peu comme on accepterait de payer plus cher un appartement situé dans un quartier en plein développement, où les loyers ont de bonnes chances d’augmenter. Le problème, c’est que le PE, à lui seul, ne dit rien sur cette perspective de croissance. Deux entreprises peuvent afficher exactement le même PE, tout en étant, en réalité, très différemment valorisées une fois qu’on prend en compte leur potentiel de croissance. C’est précisément pour résoudre ce problème qu’a été inventé le PEG ratio.

PEG : le chaînon manquant du PE

Le PEG signifie « Price/Earnings to Growth », c’est-à-dire le PE mis en relation avec la croissance des bénéfices de l’entreprise. L’idée est simple à comprendre une fois qu’on a saisi le PE : plutôt que de regarder uniquement le prix payé par rapport aux bénéfices actuels, le PEG compare ce prix au rythme auquel ces bénéfices sont censés progresser dans le futur. Il permet ainsi de répondre à une question bien plus utile que le PE seul : cette action est-elle sous-évaluée, correctement valorisée, ou au contraire trop chère, une fois sa croissance future prise en compte ?

PEG : deux chiffres suffisent !

Pas besoin d’être expert en finance pour calculer un PEG : deux informations suffisent, toutes deux évoquées ci-dessus.

PEG = PE ratio ÷ Taux de croissance des bénéfices (en %)

Où :

  • PE ratio = Prix de l’action ÷ Bénéfice par action
  • Taux de croissance des bénéfices = la progression annuelle des bénéfices attendue pour l’entreprise dans les prochaines années, généralement estimée par des analystes financiers

Ainsi, une entreprise avec un PE de 20 et une croissance attendue de 20% par an obtient un PEG de 1 (20 divisé par 20). Une autre entreprise, avec ce même PE de 20 mais une croissance attendue de seulement 10%, obtient un PEG de 2 (20 divisé par 10) : à prix apparent identique, elle est en réalité deux fois plus chère, une fois sa croissance prise en compte.

Comment interpréter un PEG ?

Un PEG inférieur à 1 : l’action est potentiellement sous-évaluée. Le prix payé (le PE) est faible par rapport au rythme de croissance des bénéfices attendu. L’action peut sembler attractive, comme si le marché n’avait pas encore totalement pris conscience de son potentiel.

Un PEG proche de 1 : la valorisation semble équilibrée. Le prix payé correspond à peu près à ce que justifie la croissance attendue. Ni bonne affaire évidente, ni prix excessif.

Un PEG supérieur à 1 : l’action est potentiellement survalorisée. Le prix payé est élevé par rapport au rythme de croissance attendu. Les investisseurs paient une prime importante pour une croissance qui, comparativement, avance moins vite que le prix ne le suggère.

Trois géants, trois histoires

Pour bien saisir l’utilité du PEG, rien ne vaut un exemple concret avec un PE volontairement élevé, car c’est justement dans ce genre de cas que la différence entre « cher » et « justifié » devient la plus parlante. Imaginons trois grandes entreprises cotées en Bourse, bien connues du grand public : Nike, Schwab et Alphabet (la maison-mère de Google). Supposons qu’à un instant donné, toutes trois affichent un PE très proche : environ 17. Un investisseur qui s’arrêterait à ce seul chiffre pourrait en conclure, à tort, que ces trois actions sont valorisées de façon comparable. Le PEG raconte une tout autre histoire, dès lors qu’on y intègre, pour chacune, un taux de croissance des bénéfices différent … c’est l’exercice que nous proposons ici, à titre pédagogique, avec des hypothèses de croissance choisies pour illustrer clairement les trois cas de figure.

Exemple de calcul de PEG pour 3 sociétés américaines

Source : WeSave

SociétéPE ratioTaux de croissance attenduPEGInterprétation
Alphabet (Google)1721%0,8Possiblement sous-évaluée
Visa1715%1,1Valorisation équilibrée
Nike176%2,8Possiblement survalorisée

Dans ce scénario illustratif, Alphabet affiche le PEG le plus faible : sa croissance attendue dépasse largement son PE, ce qui rend son prix, en apparence élevé, potentiellement justifié, voire attractif. Schwab, avec une croissance attendue très proche de son PE, se trouve dans la zone d’équilibre : le prix payé semble cohérent avec ses perspectives. Nike, en revanche, avec une croissance attendue bien plus modeste que son PE, affiche le PEG le plus élevé des trois : à prix apparent identique, c’est elle qui ressort comme la plus chère une fois la croissance prise en compte. Le même exercice, réalisé avec les véritables estimations de croissance du moment (qui évoluent en permanence), permettrait à chacun de se faire sa propre opinion sur ces trois valeurs.

Le PEG est un outil, pas une boule de cristal !

Le PEG est surtout utile pour des entreprises rentables et en croissance : il perd tout son sens face à une société qui ne fait pas encore de bénéfices. C’est un outil de comparaison relative, pas une note absolue de qualité : il sert à comparer des entreprises entre elles, pas à juger une action isolément, sans référence. Il convient particulièrement bien aux entreprises en forte croissance, dont le PE élevé ne se justifie que si les bénéfices progressent rapidement. Une règle d’or à respecter : ne comparer que des entreprises d’un même secteur d’activité, car le PEG jugé « normal » varie beaucoup d’un domaine à l’autre. Enfin, le PEG ne dit rien sur la qualité de cette croissance : une croissance financée à crédit n’a pas la même valeur qu’une croissance financée par les bénéfices de l’entreprise elle-même.

Les angles morts du PEG

Le PEG repose presque entièrement sur des estimations de croissance future, elles-mêmes établies par des analystes financiers : si ces prévisions se révèlent trop optimistes ou trop pessimistes, le PEG calculé perd immédiatement toute sa pertinence. Une entreprise jugée « sous-évaluée » aujourd’hui, sur la base d’une croissance prévue à deux chiffres, peut ainsi se révéler bien moins attractive quelques trimestres plus tard, si cette croissance ne se matérialise finalement pas comme prévu. Le PEG devient également inutilisable pour les entreprises dont les bénéfices sont négatifs ou très irréguliers, puisqu’on ne peut pas diviser un PE par une croissance négative ou nulle sans obtenir un résultat qui n’a plus aucun sens. Enfin, le PEG ignore totalement d’autres éléments essentiels pour juger une entreprise, comme son niveau d’endettement, sa rentabilité, ou la solidité de son modèle économique. Un PEG attractif ne suffit donc jamais, à lui seul, à justifier un investissement.

La question qui compte vraiment

Au fond, le PEG ratio répond à une question unique, mais essentielle pour tout investisseur, même débutant : le prix payé pour une action est-il raisonnable compte tenu de la croissance que l’entreprise est censée délivrer ? Ni plus, ni moins. Ce n’est pas un outil magique capable de prédire l’avenir d’une action, mais c’est un formidable garde-fou contre un réflexe très répandu : confondre le prix et la valeur ! « Le prix est ce que vous payez, la valeur est ce que vous obtenez » (Warren Buffett).

PEG : le prix ne fait pas la valeur 

Vincent Lequertier

"Vincent Lequertier a un très longue expérience en gestion d'actifs. Après une carrière à la banque d’Orsay, il est successivement directeur adjoint actions puis directeur actions. Spécialiste de la gestion allocataire, il devient en Août 2015, le responsable de la gestion allocataire chez WeSave.fr.

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