Date de publication : 9 juillet 2025

La Banque Centrale Européenne (BCE) utilise plusieurs taux directeurs distincts pour influencer les conditions économiques et monétaires de la zone euro. Pourquoi disposer de plusieurs taux directeurs et quelles sont alors leurs spécificités respectives ? 

  • Taux de refinancement principal (ou taux de refinancement minimum) :
    • Utilité : ce taux est le plus important des taux directeurs de la BCE. Il représente le coût auquel les banques commerciales peuvent emprunter de l’argent auprès de la BCE pour une durée d’une semaine. Les banques commerciales utilisent ces prêts pour répondre à leurs besoins de liquidités de court terme.
    • Impact : en modifiant ce taux directeur, la BCE influence très directement le coût d’emprunt des banques, ce qui à son tour affecte les taux d’intérêt pratiqués par ces dernières pour les prêts qu’elles accordent aux entreprises et aux ménages. Une baisse de ce taux encourage l’emprunt et l’investissement, tandis qu’une hausse a tendance à freiner l’activité économique.
  • Taux de facilité de dépôt :
    • Utilité : ce taux est le taux d’intérêt que la BCE verse sur les dépôts que les banques commerciales effectuent auprès d’elle pour une nuit. Autrement dit, il s’agit de ce que les banques gagnent en conservant leur excès de liquidités auprès de la BCE.
    • Impact : lorsque ce taux est élevé, les banques sont encouragées à déposer plus de liquidités auprès de la BCE plutôt que de les prêter, ce qui peut réduire la quantité de crédit accordés à l’économie. Inversement, un taux de dépôt bas (ou négatif) encourage les banques à prêter leurs excès de liquidités, stimulant ainsi l’activité économique.
  • Taux de facilité de prêt marginal :
    • Utilité : ce taux est le taux d’intérêt auquel les banques peuvent emprunter des fonds additionnels auprès de la BCE pour une nuit, au-delà de ce qu’elles ont déjà emprunté lors des opérations de refinancement régulières (cf. taux de refinancement principal).
    • Impact : ce taux est plus élevé que le taux de refinancement principal et il sert de « plafond » aux taux d’intérêt à court terme du marché interbancaire. En augmentant ce taux, la BCE rend plus coûteux l’accès des banques à des liquidités supplémentaires en cas de besoin urgent, ce qui peut freiner leur tentation d’accorder des prêts.

Comment est-il possible que la BCE fixe parfois des taux directeurs NÉGATIFS, et pourquoi le fait-elle ?

Un taux directeur négatif signifie que les banques commerciales doivent PAYER pour déposer leurs excédents de liquidités auprès de la banque centrale, au lieu de recevoir des intérêts. Cette situation est évidemment contre-intuitive, alors pourquoi et comment est-ce que cela fonctionne ?

  • Objectifs des taux négatifs :
    • Stimuler l’économie : en rendant coûteux pour les banques commerciales le fait de conserver des liquidités, ces dernières sont incitées à prêter plus d’argent aux entreprises et aux particuliers.
    • Augmenter l’inflation : si l’inflation est trop basse (situation de déflation par exemple), des taux négatifs peuvent aider à augmenter les prix en stimulant la demande.
    • Déprécier la monnaie : un taux négatif décourage les investisseurs étrangers à placer leur argent dans le pays, ce qui déprécie ainsi en relatif la monnaie locale, rendant les exportations plus compétitives.
  • Mise en œuvre des taux négatifs :
    • Facilité de dépôt négative : la banque centrale fixe un taux négatif pour les dépôts que les banques commerciales y placent. Par exemple, un taux de -0,3 % signifie que pour chaque 1000 euros déposés, la banque commerciale doit payer 3 euros par an.
    • Facilité de prêt négative : les taux d’intérêt sur les prêts accordés aux banques peuvent également devenir négatifs, encourageant les banques commerciales à emprunter plus et à prêter ces fonds dans l’économie avec une marge bénéficiaire.
  • Effets sur l’économie et sur le système financier : 
    • Coût des réserves excédentaires pour les banques : les banques commerciales sont découragées de garder des réserves excédentaires inactives, préférant prêter cet argent, ce qui peut stimuler la croissance économique.
    • Réduction des taux de prêt : les taux d’intérêt négatifs se répercutent généralement sur les taux de prêt (les banques étant en concurrence entre elles), les rendant plus bas pour les ménages et les entreprises, ce qui encourage l’emprunt et la dépense.
  • Limites et risques des taux directeurs négatifs
    • Marges bénéficiaires des banques : les taux directeurs négatifs réduisent les marges bénéficiaires dégagées par les banques, car elles gagnent moins d’intérêt sur les prêts accordés et elles doivent payer pour déposer des fonds auprès de la Banque centrale.
    • Epargne découragée : les taux négatifs peuvent décourager l’épargne, car les rendements sur les dépôts sont faibles, voire négatifs, ce qui peut en fin de compte poser des problèmes de financement pour certains acteurs de l’économie, les États par exemple.
    • Bulles financières : l’épargnant ne disposant plus de produits d’épargne sans risques et rémunérateurs, la recherche de rendements alternatifs peut entraîner des investissements inconsidérés sur des actifs risqués, créant potentiellement des bulles spéculatives.

Conclusion

En ajustant ses divers taux directeurs, la BCE cherche au final à maintenir la stabilité des prix, tout en soutenant la croissance économique et l’emploi dans la zone euro. Recourir parfois à des taux directeurs négatifs peut être un outil de politique monétaire extrêmement puissant, mais complexe et non sans risques. L’actuelle normalisation en cours de la politique monétaire de la BCE, et le retour à des pratiques de taux directeurs plus conventionnels est implicitement un signal favorable pour les investisseurs puisque cela signifie que nous ne sommes plus dans des circonstances de crise exceptionnelle.

Taux directeurs … de quoi parle-t-on exactement, et comment peuvent-ils être parfois négatifs ?

Vincent Lequertier
Vincent Lequertier

Vincent Lequertier a 25 ans d’expérience en gestion d’actifs. Après une carrière à la banque d’Orsay, il est successivement directeur adjoint actions puis directeur actions. Spécialiste de la gestion allocataire, il devient en Août 2015, le responsable de la gestion allocataire chez WeSave.fr.

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