Date de publication : 24 avril 2026

Depuis des décennies, chaque gouvernement promet de « faire des économies » et de « réduire les dépenses de l’État ». Pourtant, dans les faits, la France continue de dépenser toujours plus. En 2025, la dépense publique représentait environ 57% du PIB, un record en Europe selon l’OCDE. Comment expliquer qu’un pays aussi développé soit incapable de mieux maîtriser son budget ? La réponse tient à une réalité simple : une grande partie des Français dépend directement, ou indirectement, de l’argent public, et personne n’a vraiment intérêt à ce que cela change !

Une économie largement financée par l’État

Dans notre pays, l’État ne se contente pas de lever des impôts et de payer les fonctionnaires. Il fait vivre, directement ou indirectement, des millions de personnes. Si l’on additionne tous ceux dont le revenu dépend, d’une façon ou d’une autre, des finances publiques (agents publics, salariés d’entreprises subventionnées, prestataires dépendant de la commande publique ou professions réglementées), on arrive à près de 12 à 13 millions d’emplois. Cela représente environ 40% de la population active ! Résultat : dès qu’on parle de réduire les dépenses, on touche au portefeuille de millions de ménages. Toute réforme devient alors explosive, à la fois politiquement et socialement.

Les agents publics : un pilier intouchable

Le premier grand bloc est celui des fonctionnaires et agents publics : environ 6,3 millions de personnes travaillant pour l’État, les collectivités locales ou les hôpitaux. Cela représente un emploi sur cinq en France. Leurs salaires, leurs retraites et leurs conditions de travail dépendent entièrement du budget public. On comprend pourquoi chaque tentative de réduire la masse salariale de l’État se heurte à de fortes résistances. Le gel du point d’indice, la diminution des effectifs ou les réformes des retraites provoquent aussitôt mobilisations et grèves. Et pour beaucoup de Français, la sécurité de l’emploi public reste une valeur sûre dans un monde économique incertain.

Des entreprises sous la protection de l’État

L’État n’est pas seulement un employeur : il est aussi un actionnaire majeur dans de nombreux groupes. Il détient encore 86 entreprises à travers l’Agence des participations de l’État, parmi lesquelles EDF, La Poste, la SNCF ou Engie. Ces entreprises emploient au total plus de 1,5 million de personnes. Mais leur influence dépasse largement ce chiffre : autour d’elles gravitent des sous-traitants, des prestataires et des partenaires économiques qui dépendent de leurs contrats. Pour cette raison, toute réforme ou coupe budgétaire dans ces entreprises publiques prend aussitôt une dimension sociale et politique. Fermer un site industriel, réduire un service régional ou augmenter les tarifs devient une affaire nationale.

86 entités relevant du périmètre de l’Agence des participations de l’État

Sources : APE, WeSave

ÉNERGIE
Areva
Électricité de France (EDF)
Engie
Eramet
FSI Equation SAS
Laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies (LFB)
Orano

INDUSTRIE
Airbus Group SE
Chantiers de l’Atlantique
Civipol
Dassault Aviation
Défense Conseil International (DCI)
Eurenco Holding SAS
GIAT Industries SAS
John Cockerill Defense
KNDS NV
La Monnaie de Paris
Naval Group
Odas
Renault
Safran
SNPE SAS
SOGEPA
TechnicAtome
Thales
TSA SAS

ENTITÉS DANS LESQUELLES L’ÉTAT DÉTIENT UNE SEULE ACTION
Adit SAS
Airbus Defence and Space Holding France
SAS
ArianeGroup SAS
Aubert & Duval SAS
Bpifrance SA
Bull
Compagnie industrielle des lasers (CILAS)
Exxelia International SAS
KNDS France
Roxel
Safran Ceramics
Société de financement local (SFIL)
Société Le Nickel (SLN)
Solinter holding SAS

SERVICES ET FINANCE
Arte France
ASN Holding SAS
Bpifrance EPIC
Casino d’Aix-les-Bains
Consortium de réalisation (CDR)
Dexia Holding
France Médias Monde
France Télévisions
IN Groupe
La Française des Jeux (FDJ)
La Poste
Orange
Radio France
Semmaris
Société de prise de participation de l’État (SPPE)
Société pour le logement intermédiaire (SLI)

TRANSPORTS
Aéroport de Bordeaux – Mérignac
Aéroport de la Réunion – Roland Garros
Aéroport de Marseille – Provence
Aéroport de Montpellier – Méditerranée
Aéroport de Strasbourg – Entzheim
Aéroport de Toulouse – Blagnac
Aéroport Martinique – Aimé Césaire
Aéroports de Paris (ADP)
Air France-KLM
Caisse nationale des autoroutes (CNA)
Compagnie générale maritime et financière (CGMF)
Fonds pour le développement d’une politique intermodale des transports dans le massif alpin (FDPITMA)
Grand port maritime de Bordeaux
Grand port maritime de Dunkerque
Grand port maritime de la Guadeloupe
Grand port maritime de la Guyane
Grand port maritime de la Martinique
Grand port maritime de la Réunion
Grand port maritime de La Rochelle
Grand port maritime de Marseille
Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire
Grand port fluvio-maritime de l’axe-Seine (Haropa)
RATP
Société aéroportuaire de Guadeloupe Pôle Caraïbes
SNCF
Société concessionnaire française pour la construction et l’exploitation du tunnel routier sous le Mont-Blanc (ATMB- Autoroutes et tunnel du MontBlanc)
Société des autoroutes Rhône-Alpes (AREA)
Société des chemins de fer luxembourgeois
Société française du tunnel routier du Fréjus (SFTRF)
Société internationale de la Moselle

La commande publique, moteur invisible de l’emploi

Le troisième grand moteur de la dépense publique, c’est la commande publique : tous les achats et contrats passés par l’État, les collectivités ou les hôpitaux. Cela représente chaque année environ 250 milliards d’euros, soit près de 8% du PIB français. Ce flux d’argent irrigue l’économie tout entière. Le BTP, par exemple, dépend largement de la commande publique : 2/3 de l’activité des travaux publics proviennent de projets financés par les pouvoirs publics. Si l’État ou les collectivités locales réduisent leurs investissements, ce sont des milliers d’emplois qui sont menacés. D’autres secteurs vivent aussi de ces commandes : transports, défense, technologies, santé, infrastructures. L’économie française est donc profondément liée à la dépense publique, même dans ses branches dites « privées ».

Les subventions et aides, une toile d’araignée d’interdépendances

La France est aussi un pays où l’État accorde une multitude d’aides, d’exonérations et de subventions. Le monde associatif, par exemple, emploie près de 2 millions de salariés et tire environ la moitié de son budget de financements publics. L’agriculture est soutenue par la Politique Agricole Commune (PAC) et des aides nationales. La culture, la presse ou même la recherche reçoivent également d’importants subsides. Dans beaucoup de métiers, la ligne entre financement public et activité privée devient si fine qu’on ne sait plus où commence réellement le marché libre. Supprimer une subvention, ce n’est donc pas seulement corriger une dépense : c’est retirer un revenu à des acteurs économiques qui en vivent, souvent dans des territoires déjà fragiles.

Les professions réglementées : un autre lien étroit avec l’État

On pense souvent que les professions libérales (médecins, pharmaciens, infirmiers, taxis, notaires) échappent à la sphère publique. En réalité, leurs revenus sont très encadrés par l’État. Tarifs des consultations, autorisations d’installation, numerus clausus ou conventions avec l’assurance maladie : tout dépend de décisions administratives. Cette dépendance s’exprime à chaque modification réglementaire. En 2025, par exemple, les pharmaciens se sont mis en grève contre une baisse des marges imposée par le gouvernement, et les chauffeurs de taxi ont protesté contre de nouvelles règles de rémunération. Même les professions indépendantes restent donc, d’une manière ou d’une autre, connectées à la décision publique.

Pourquoi il est si difficile d’agir

Dans ce contexte, réduire la dépense publique relève presque de la mission impossible. Chaque euro économisé peut se traduire par la perte d’un revenu, d’un emploi ou d’un avantage concret pour une partie de la population. D’un point de vue politique, le coût d’une réforme peut donc paraître supérieur à son bénéfice. À cela s’ajoute un autre problème : la structure même des dépenses. Environ 80% du budget de l’État est constitué de dépenses dites « rigides » : salaires, retraites, prestations sociales, dépenses de santé et intérêts de la dette. Ces postes sont impossibles à réduire du jour au lendemain sans remettre en cause le modèle social français. Les gouvernements successifs se contentent donc de retoucher les marges : la politique de l’offre, les économies de fonctionnement ou la lutte contre la fraude fiscale ne suffisent pas à inverser la tendance.

Une dépendance culturelle autant qu’économique

La difficulté est aussi culturelle. En France, l’État n’est pas seulement perçu comme un régulateur ; il est considéré comme un protecteur. C’est lui qui garantit la santé, l’éducation, l’emploi public, les retraites ou les aides au logement. À chaque crise (sanitaire, énergétique ou économique), c’est encore lui qu’on appelle à la rescousse. Cette dépendance au soutien public est profondément ancrée. Réduire la dépense reviendrait à redéfinir le contrat social lui-même. Or, dans un pays où beaucoup associent la présence de l’État à la stabilité, le changement prend du temps et demande un consensus politique difficile à bâtir.

Le défi des années à venir

Pourtant, le constat devient urgent : la dette publique dépasse 110% du PIB, et la remontée des taux d’intérêt rend son financement de plus en plus coûteux. Si rien ne change, une part croissante des impôts servira simplement à payer les intérêts de la dette. La France devra donc tôt ou tard repenser le rôle de l’État, mieux cibler ses aides et simplifier ses structures. Certaines pistes sont déjà sur la table : renforcer la décentralisation, moderniser la fonction publique, ou conditionner les aides à la performance. Mais au-delà de la technique budgétaire, la question est politique : comment convaincre les Français qu’une dépense publique plus efficace n’est pas synonyme d’un État plus faible, mais d’un État plus solide ? Tant que cette idée ne s’imposera pas, le pays continuera de naviguer entre promesses de rigueur et réalité d’un modèle public dont tout le monde, d’une manière ou d’une autre, dépend encore largement.

Dépenses publiques : pourquoi ça ne baisse jamais ?

Vincent Lequertier
Vincent Lequertier

Vincent Lequertier a 25 ans d’expérience en gestion d’actifs. Après une carrière à la banque d’Orsay, il est successivement directeur adjoint actions puis directeur actions. Spécialiste de la gestion allocataire, il devient en Août 2015, le responsable de la gestion allocataire chez WeSave.fr.

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