Un réflexe bien connu des investisseurs refait surface : réduire son exposition aux marchés actions à l’approche de l’été. Derrière cet adage largement diffusé du “Sell in May and go away” se cache une réalité statistique mais aussi des limites importantes. Dans un environnement de marché en mutation, il convient d’en apprécier la portée avec discernement.
Une saisonnalité historiquement observée
L’adage “Sell in May and go away” (équivalent de “sortir des marchés au mois de mai pour n’y revenir qu’à l’automne”) repose sur une observation historique des marchés financiers. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les marchés américains (S&P 500) ont progressé d’environ 7 % entre novembre et avril, contre près de 2 % entre mai et octobre (Fidelity). Cette différence s’explique en partie par des facteurs structurels, tels qu’une activité économique et financière traditionnellement plus marquée en fin et début d’année.
Cette saisonnalité a été observée sur de nombreux marchés développés. Elle constitue ainsi un point de repère récurrent dans l’analyse des cycles boursiers, sans pour autant en déterminer à elle seule les évolutions.
Une règle confrontée à la réalité des marchés
Si cette tendance existe en moyenne, son application concrète apparaît beaucoup moins évidente. Les données montrent que les périodes estivales ne sont pas systématiquement synonymes de sous-performance. Certaines années ont au contraire enregistré des progressions significatives sur ces mois, remettant en cause le caractère systématique de cet adage.
La performance des marchés se concentre souvent sur un nombre limité de séances, difficilement anticipables. Dans ce contexte, une sortie temporaire du marché peut conduire à manquer des phases de hausse déterminantes, ce qui affecte significativement la performance sur une longue période.
Un environnement de marché qui évolue
L’année 2026 illustre particulièrement bien les limites d’une lecture strictement saisonnière. Les marchés évoluent dans un contexte marqué par des dynamiques parfois contradictoires: d’un côté, des moteurs de croissance puissants, notamment liés aux transformations technologiques ; de l’autre, des incertitudes persistantes sur le plan économique et géopolitique.
Ce décalage entre la réalité macroéconomique et le comportement des marchés tend à brouiller les repères historiques. Les cycles apparaissent moins lisibles, et les régularités passées moins opérantes. Dans ce cadre, les approches fondées uniquement sur des effets calendaires peuvent perdre en pertinence.
Conclusion
L’intérêt de “Sell in May” réside peut-être moins dans son application que dans ce qu’il révèle : la tentation de simplifier des marchés qui ne le sont pas.
Si certaines régularités historiques subsistent, elles coexistent aujourd’hui avec des dynamiques nouvelles qui en modifient la portée.
Dans ce contexte, cet adage apparaît moins comme une règle que comme un point d’entrée pour interroger la manière dont les marchés évoluent et les limites des grilles de lecture trop linéaires.